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C'est pas mon idée !

lundi 31 août 2026

Un cas d'usage de stablecoin disqualifié

Banca d'Italia
Comme la ruée vers la blockchain (toujours en cours), l'engouement actuel de l'industrie financière pour les stablecoins me semble reposer sur des illusions technologiques. Mais les messages ayant plus de portée quand ils émanent d'institutions respectables, découvrons ce qu'en pense la Banque d'Italie pour les transferts internationaux.

Afin d'analyser la situation du marché et vérifier une des promesses de la coqueluche du secteur, les chercheurs de l'établissement ont conduit une expérimentation anonyme, en conditions réelles, sur dix couloirs différents (dans les deux directions entre leur propre pays et l'Argentine, le Brésil, l'Afrique du Sud, les Émirats Arabes Unis et le Japon), représentatifs de contextes diversifiés, à travers l'envoi et la réception de 200 USDC (un des stablecoins les plus populaires du moment, lié au dollar américain).

Les résultats sont éloquents (et, franchement, sans surprise). D'emblée, les contraintes réglementaires en vigueur au Japon excluent ce dernier du champ de l'étude. Ensuite, en dehors d'un cas particulier (de l'Italie vers l'Argentine, étonnamment compétitif), le coût des opérations (jusqu'à 9% !) n'est pas systématiquement avantageux, ni en comparaison avec les moyennes publiées par la Banque Mondiale ni, surtout, par rapport aux tarifs pratiqués par Wise, leader de fait des échanges transfrontaliers.

Par ailleurs, les délais de traitement sont essentiellement régis par la disponibilité d'un réseau de paiement instantané aux extrémités de la chaîne de transmission (dont le cœur était assuré par la blockchain d'Ethereum), l'objectif du test étant bien de simuler une transaction typique du grand public, partant de et aboutissant à un compte bancaire en devise locale. En général inférieurs à 20 minutes de bout en bout, ils peuvent atteindre un ou deux jours, notamment avec les Émirats. Là aussi, Wise est compétitif.

Banca d'Italia – Stablecoin

La Banque d'Italie enfonce des portes ouvertes – mais c'est probablement nécessaire au vu des mythes qui circulent – en soulignant que, sur les deux aspects, le facteur limitant réside dans les mécanismes de conversion entre les monnaies fiduciaires et le stablecoin traversant effectivement les frontières. Ils ont toujours constitué le point de friction principal du domaine, certes sous des formes variées (par exemple avec les systèmes de correspondants), mais ce n'est pas en changeant de canal intermédiaire qu'il a la moindre chance d'être résolu. Détail amusant, le rapport déclare que la capacité à utiliser l'USDC (ou autre ?) directement, dans les commerces, éliminerait le problème : il pourrait en dire autant d'une monnaie mondiale universelle !

Ces constats ne devraient pas être une découverte : depuis les premières aventures des acteurs de la finance avec la blockchain, il est évident que son interface avec le monde réel représente le nœud de contention insurmontable, pour toutes sortes de considérations, de coûts, de délais, de sécurité, de confidentialité… À l'inverse, il n'est nul besoin de cette technologie terriblement inefficace pour optimiser ce qui peut l'être par un « simple » travail de refonte des processus et des infrastructures qui les supportent… comme l'a brillamment démontré Wise pour les transferts internationaux.

dimanche 30 août 2026

Infonuagique, la fin des illusions

Nuage
Depuis une vingtaine d'années, les entreprises de tous secteurs, petites puis grandes, se sont laissées séduire par les promesses de l'infonuagique public… sans toujours bien en appréhender les contraintes. Aujourd'hui, un article d'Information Week suggère qu'un retour de balancier est en cours, avec un rapatriement interne de plus en plus fréquent de certaines applications.

Pour beaucoup de clients des services « cloud » d'Amazon, Google, Microsoft…, une des principales motivations de leur choix résidait dans la réduction des coûts d'infrastructure qu'ils espéraient en dégager au vu des tarifs agressifs pratiqués, rendus possibles par l'industrialisation à outrance de ces géants de l'informatique. Il est vrai que les investissements en matériel, les frais de personnel engendrés par leur pilotage et leur exploitation, les factures annexes (électricité)… résistent mal à la comparaison.

Hélas, à l'usage, il ressort que l'avantage économique supposé ne s'est que rarement matérialisé, ce qui conduit donc les responsables à considérer une ré-internalisation, surtout pour les charges de calcul stratégiques, pour lesquelles le besoin de reprise de contrôle se fait également sentir (quelques incidents retentissants, bien qu'ils restent exceptionnels, donnent à réfléchir). Les politiques de déploiement par défaut, voire systématique, dans l'infonuagique cèdent la place à une approche pragmatique.

La période actuelle n'est pourtant pas particulièrement propice à une telle transition, avec l'explosion des coût de la mémoire qui risque d'impacter fortement les budgets des projets d'équipement. Ne vaudrait-il pas mieux chercher à optimiser l'existant plutôt que de revenir à une situation antérieure dont les inconvénients n'ont évidemment pas disparu entre temps ? Dans cette perspective, il faudrait commencer par effectuer une analyse sérieuse de l'état du système d'information et de ses faiblesses structurelles.

Ainsi, les déceptions attribuées aux solutions du marché sont en fait dues à un grave malentendu (que je souligne depuis longtemps). Il était absurde, notamment dans les grands groupes, de croire que l'infonuagique allait permettre d'abaisser les coûts de manière significative sans prévoir au préalable une remise en question du patrimoine informatique, celui-ci comportant bien trop de spécificités uniques et s'appuyant sur des composants disparates et parfois exotiques pour s'adapter sans difficulté.

Le seul véritable moyen de réaliser des économies sur la puissance de calcul, avec le « cloud » privé comme public, incidemment, consiste à uniformiser et rendre flexibles les logiciels qui l'exploitent. L'implémentation d'un modèle banalisé de serveur (virtuel) universel et d'une capacité intrinsèque de déploiement à la demande constitue un pré-requis indispensable autant à l'optimisation économique qu'à la maîtrise de son destin. C'est un travail en profondeur sur l'architecture qui devrait être engagé avant même de se poser la moindre question sur l'hébergement des applications.

Nuages

samedi 29 août 2026

Visa avance dans la cybersécurité

Visa
Tandis que le recours à l'intelligence artificielle prend de l'ampleur dans les offensives contre tous les secteurs économiques, Visa enrichit sa solution propulsée à l'IA d'analyse de vulnérabilités, mise au point dans le sillage de sa collaboration avec Anthropic, et lui ajoute des capacités d'assistance à la remédiation qui deviennent indispensables.

Le constat qui justifie la nouveauté aurait pu être fait dès la publication de la première version du « Vulnerability Agentic Harness », mais il fallait bien laisser un peu de temps à ses concepteurs pour lui adjoindre ces fonctions supplémentaires. C'est que la détection de failles de sécurité grâce à l'IA n'a désormais plus rien d'exceptionnel, y compris pour les cybercriminels. Le défi réside aujourd'hui plutôt dans la faculté des firmes à colmater les innombrables brèches repérées avec la réactivité nécessaire.

Les signalements automatisés arrivent à un rythme tellement effréné que bien des organisations admettent que leurs équipes informatiques (et leurs fournisseurs) n'arrivent plus à suivre. Conséquence principale, les corrections prennent du retard et les délais induits sont mis à profit par les personnes mal intentionnées afin de réaliser leurs méfaits. La seule solution envisageable, et concrétisée par Visa, consiste donc à miser aussi sur l'intelligence artificielle lors des travaux de remise à niveau.

Outre une ouverture sur d'autres modèles d'IA que celui d'Anthropic, l'évolution qu'apporte l'institution à son outil porte donc en priorité sur cet aspect. Un module additionnel propose ainsi des modifications de code destinées à neutraliser les défauts identifiés. Pour plus d'efficacité, il opère en boucle fermée : il est en mesure d'évaluer les changements réalisés et d'informer les développeurs des erreurs résiduelles, jusqu'à validation finale, matérialisée par l'éradication « officielle » de l'anomalie en cause.

Visa Vulnerability Agentic Harness

En parallèle de cette mise à jour technologique, sachant que VVAH (son petit nom) est distribué sous licence libre, Visa complète également son offre d'accompagnement. Celle-ci comporte notamment diverses composantes pédagogiques, permettant entre autres aux entreprises de s'approprier la plate-forme, et une formule d'assistance sur le terrain, en vue d'aider ses clients dans son utilisation, par exemple pour l'analyse des résultats, la définition des priorités et l'établissement d'une stratégie à long terme.

Depuis la récente apparition d'applications capables de rechercher les vulnérabilités des logiciels à une échelle industrielle grâce à l'intelligence artificielle, les responsables de sécurité ont tendance à perdre le sommeil, surtout dans les industries les plus sensibles, en raison autant de l'ampleur des risques qu'ils découvrent soudainement que du nombre ingérable d'alertes qu'ils reçoivent et qu'ils doivent trier dans la précipitation et donc avec de fortes probabilités d'erreur. Ils ont besoin en urgence absolue de solutions – informatiques et humaines – telles que celles que déploie Visa.

vendredi 28 août 2026

AXA aide les parents solos

AXA
Dans un monde qui change en permanence, l'assurance doit régulièrement s'adapter aux grandes évolutions sociétales. Les garanties contre le harcèlement, notamment scolaire, se sont ainsi fortement développées depuis quelques années. AXA s'attaque maintenant aux défis qu'affrontent les parents solos au quotidien.

Les médias abordent de plus en plus fréquemment le sujet, surtout en période de rentrée des classes, pendant laquelle la pression est particulièrement sensible. Aujourd'hui, environ une famille sur quatre est composée d'un seul adulte et, dans une immense majorité des cas (82%), c'est une femme, dans une position statistiquement plus fragile qu'un homme, qui assume seule la charge des enfants, avec ses impacts importants sur son budget, son emploi du temps, sa santé psychologique…

Ces risques sont donc ceux que couvre dorénavant le contrat « Accidents de la Vie » d'AXA France. Les parents concernés – quelles qu'en soient les conditions, divorce, séparation ou deuil – bénéficieront ainsi pendant les 12 mois qui suivent l'événement déclencheur de services d'assistance qui leur permettront de faire face aux urgences de leur nouvelle situation et de reprendre pied progressivement dans leur vie d'après : garde des enfants, soutien scolaire, support psychologique (par téléphone)…

AXA – Parents Solos

Un second volet ajoute en outre un accompagnement administratif et juridique au dispositif. Il inclut notamment un accès à des informations qui peuvent s'avérer difficiles à obtenir par soi-même pour qui se trouve soudainement confronté au besoin d'effectuer des demandes d'aide sociale ou de connaître ses droits, par exemple. Si nécessaire, l'assureur propose également la mise en relation avec des associations spécialisés et des recommandations d'avocats (sans inclure leurs prestations, toutefois).

Traditionnellement, les accidents de la vie, tels que les conçoit l'industrie, englobaient les accidents et la maladie (dont, soit dit en passant, la couverture d'AXA introduit désormais aussi des composantes dédiées aux parents solos). Cependant, les comportements et les habitudes de la population évoluent avec le temps. Naturellement, la transition vers un modèle familial monoparental a toujours représenté un cataclysme pour ceux qui la subissent mais, au XXIème siècle, il s'agit presque de la norme. Il paraît donc indispensable de prévoir une assistance ad hoc dans ces circonstances.

jeudi 27 août 2026

Démocratiser la gestion de patrimoine avec l'IA

Vanguard
Rêve ancien mais, hélas, jamais concrétisé, la gestion de patrimoine pour tous semble aujourd'hui réveiller les appétits, à l'aune des promesses de l'intelligence artificielle. Le géant américain Vanguard annonce ainsi l'acquisition d'Altruist, en espérant que sa plate-forme aide les conseillers spécialisés à démultiplier leur force de frappe.

Avec les générations successives de « robots-conseillers », la première vague de démocratisation du secteur vise, depuis une quinzaine d'années, à proposer une alternative aux personnes ne disposant pas des moyens de bénéficier des services d'un professionnel. L'absence d'une dimension d'accompagnement de proximité dans ces outils les a malheureusement relégués à un rôle de plate-forme d'investissement certes accessible, mais avec laquelle le client est largement laissé seul devant ses choix.

La vision cible a maintenant changé, y compris chez les trublions d'autrefois, qui, pour les plus évolués, ont mis en place des modèles de conseil humain pour les utilisateurs « haut de gamme ». L'objectif privilégié consiste désormais à rendre ces approches plus efficaces, de manière à en abaisser les coûts et parvenir de la sorte à les ouvrir à une population plus large… qui ne pourra cependant englober l'immense majorité des ménages, modestes, voués, pour l'instant (à jamais ?), à rester à l'écart de la tendance.

Altruist se positionne clairement sur ce créneau, avec une solution propulsée à l'IA pour l'optimisation des processus administratifs qui consomment tellement de temps et d'énergie chez les conseillers, qu'ils préfèreraient consacrer à aider plus d'individus dans le pilotage de leur argent : ouvertures de compte (et les contraintes, notamment réglementaires, associées), suivi des portefeuilles et rapports contextualisés (incluant aussi un portail dédié pour les clients), pilotage des opérations, facturation…

Vanguard x Altruist

Le domaine de la gestion de patrimoine est historiquement en retard dans sa transformation « digitale » et cette situation crée une opportunité pour des jeunes pousses qui voient dans l'intelligence artificielle un moyen de combler le déficit (en France, Patrimind, dont je parlais récemment en fournit un autre exemple). En revanche, leurs offres adressent en priorité des enjeux de productivité dans les métiers existants plutôt que d'envisager une modernisation pourtant nécessaire de l'expérience client.

Je reste toutefois optimiste pour l'avenir, même si celui ci semble encore lointain, car, comme je le remarquais dans un article précédent, je pense que les acteurs qui commencent à convaincre la profession de recourir à l'IA dans leur quotidien – et l'irruption de Vanguard dans la bataille devrait accélérer le mouvement – prendront certainement conscience, avec leurs clients, des possibilités d'étendre progressivement leur périmètre d'intervention, en particulier en permettant à leurs outils d'offrir les niveaux de conseil primaires qui font aussi partie du train-train des spécialistes et peuvent couvrir une part importante des besoins des moins fortunés.

mercredi 26 août 2026

CommBank prépare l'abandon du chèque

CommBank
Tandis que l'Australie doit entamer son processus d'abandon du chèque comme moyen de paiement à partir de 2028, x15ventures, la filiale de capital-risque de CommBank, présente dès maintenant une solution de substitution pour un cas d'usage courant en entreprise : les règlements en volume à l'intention de bénéficiaires mal identifiés.

À l'ère des échanges électroniques généralisés, le chèque imprimé paraît totalement anachronique mais, bien que son utilisation soit en régression constante, il conserve un attrait incomparable pour les organisations qui doivent, pour une raison ou une autre (indemnisation sur litige, remboursement de trop perçu…), verser des fonds à des clients dont elle ne possède que peu d'informations de contact : un courrier à une adresse préalablement enregistrée et le tour est joué (du moins de leur point de vue).

Afin de transposer ces pratiques dans la banque du XXIème siècle, PaidIt déploie un annuaire généralisé des données de paiement des consommateurs, accompagné d'un service qui permet d'automatiser l'émission d'un règlement vers un individu à partir des éléments d'identification disponibles, aussi fragmentaires soient-ils. Afin d'en garantir l'efficacité, l'ensemble s'appuie sur les infrastructures existantes, dont les plates-formes locales de virement instantané (NPP, PayId) et d'identité bancaire (ConnectId).

En pratique, l'organisation qui souhaite réaliser une transaction commence par interroger PaidIt avec les informations qu'elle possède. Dans l'hypothèse d'une correspondance sans ambiguïté, elle obtient une réponse positive et le transfert est initié sans délai, vers le compte et via le protocole préférés du destinataire. S'il subsiste un doute sur la reconnaissance des données transmises, une demande de compléments est retournée et il va alors falloir contacter la personne afin qu'elle s'enrôle.

PaidIt by CommBank

Naturellement, à ce stade, on retombe sur les mêmes limitations que pour l'envoi d'un chèque. En revanche, si la requête parvient bien à son bénéficiaire, celui-ci est invité à inscrire ses références de compte dans le registre (pour réutilisation pour les besoins ultérieurs) ou à assigner le nouveau règlement à son profil existant, de manière à recevoir son dû en quelques secondes et sans autres complications administratives.

Le principe est donc similaire à celui mis en œuvre dans la plupart des systèmes de paiement entre particuliers, la seule différence, et la seule complexité supplémentaire, avec PaidIt résidant dans les mécanismes de réconciliation des informations personnelles des consommateurs, alors que le numéro de téléphone constitue généralement un identifiant universel dans les dispositifs destinés au grand public.

PaidIt est d'ores et déjà exploité par CommBank dans certaines circonstances spécifiques dont, apparemment, le versement de dividendes aux actionnaires (quoique avec des délais de traitement…). La démarche de la banque soulève toutefois une interrogation : le registre de PaidIt aurait vocation, par essence, à devenir un référentiel de place, partagé par tous les établissements australiens. Sa création par une filiale de l'un d'eux risque de freiner son adoption… et son ambition vis-à-vis du chèque.

Toujours est-il que l'initiative mériterait d'intéresser et d'inspirer toutes les institutions financières – ou, de préférence, leurs regroupements nationaux – qui désirent éliminer le chèque de leurs offres, qu'une stratégie officielle de retrait ait été décrétée ou non.

mardi 25 août 2026

La banque en temps réel, pas à pas

Citi
Avec la généralisation des communications instantanées, toutes les interactions personnelles et commerciales s'exécutent désormais en temps réel. Toutes ? Pas tout à fait, puisque la banque continue à introduire des délais dans nombre de ses processus, vestiges des débuts de l'informatique qui résistent toujours à la modernisation.

Les clients particuliers des établissements traditionnels sont certes accoutumés aux décalages dans l'apparition de leurs dépenses sur leurs relevés de compte mais ils pourraient croire que les investisseurs institutionnels bénéficient d'un meilleur niveau de service, surtout avec des opérations sur les marchés, quand la réactivité est primordiale. Or il n'en est rien, en tous cas en ce qui concerne les traitements qui se déroulent en arrière-plan, notamment dans l'univers de la conservation de titres.

Voilà pourquoi Citi Investor Services, qui fait partie de cette catégorie, est fière de présenter sa nouvelle solution « Custody+ », portant la promesse d'une accélération drastique de ses capacités… à défaut d'un engagement au 100% temps réel. 80% des activités, dont les transactions portant sur les actifs détenus, par exemple, seront enfin gérées au fil de l'eau grâce à cette avancée, qui s'appuie sur une nouvelle infrastructure universelle de pilotage des événements mise en place à l'échelle de l'entreprise.

Sans grande surprise, la démarche de la banque n'émane pas d'une volonté endogène d'optimiser son modèle et de l'aligner sur les exigences de rapidité de ses clients, encore rarement exprimées explicitement. Ce sont bien des facteurs externes qui la conduisent à remettre en question ses pratiques d'une autre époque, à savoir l'évolution globale des marchés vers une réduction des délais de compensation et la prise de conscience de l'avantage qu'offre leur fonctionnement instantané aux cryptoactifs.

Citi profite ainsi de son annonce pour rappeler sa prochaine entrée dans le cirque du bitcoin. Dans un registre similaire, elle souligne que les opérations sur les dépôts « tokenisés » grâce à sa solution ad hoc sont déjà réalisées en temps réel. Dans une logique absurde, ce message veut laisser entendre que la transition vers ce genre d'approche technique est une condition de l'accélération alors que l'initiative dont il est question démontre clairement qu'elle relève uniquement d'un choix stratégique.

Citi Investor Services

lundi 24 août 2026

Testudo assure contre les risques de l'IA

Testudo
Dans de nombreuses entreprises, l'intelligence artificielle générative est perçue comme une extraordinaire source d'opportunités mais également de risques impossibles à maîtriser, qui entravent leurs initiatives, notamment celles qui s'adressent directement aux clients. L'américaine Testudo leur propose désormais une assurance dédiée.

Les dirigeants ont de quoi s'inquiéter : alors que les applications de l'IA se propagent à grande vitesse dans leurs organisations, leurs garanties de responsabilité civile excluent progressivement celles-ci de leur périmètre. En parallèle, les litiges sont de plus en plus nombreux, qu'ils portent sur les conséquences d'erreurs commises par les outils ou sur des questions de propriété intellectuelle, pour ne citer que les cas les plus fréquents, et les montants d'indemnisation réclamés se chiffrent en millions de dollars.

Naturellement, la jeunesse de la technologie et la nouveauté de ses impacts (notamment par rapport à des logiciels traditionnels) expliquent les réticences des assureurs. Mais elles n'empêchent pas Testudo de développer ses modèles actuariels propres, adossés à Lloyd's, grâce à une approche adaptée. Elle s'appuie en particulier sur une veille permanente des dossiers traités par la justice, de manière à pouvoir ajuster ses paramètres en quasi temps réel, en fonction des profils spécifiques de ses clients.

Pour ces derniers, l'offre se décline en trois composantes successives. En premier lieu, la jeune pousse réalise une analyse de leur exposition, sur la base, entre autres, de leur domaine d'activité et des cas d'usages d'IA effectivement mis en œuvre. Ainsi armée, elle déploie ensuite son protocole de communication contextualisé de l'actualité via lequel elle transmet à chaque entreprise les informations susceptibles de la concerner, décisions judiciaires, interventions réglementaires, incidents et autres sinistres… de manière à lui permettre de prendre des mesures préventives ad hoc.

La dernière partie consiste en la couverture à proprement parler, personnalisée par rapport au résultat de l'étude préliminaire et rafraîchie régulièrement au fil des événements identifiés dans l'univers de l'IA. Elle prend en charge, à hauteur d'un maximum de 10 millions de dollars (selon les polices), les différends suscités par les impacts d'hallucinations, y compris d'éventuels dommages physiques, les divulgations de données confidentielles, les violations de copyright, les infractions réglementaires…

Testudo se donne pour mission d'apporter de la confiance dans l'économie de l'IA et il est vrai qu'elle en a besoin. Combien d'expérimentations sont mises en sommeil en raison des dangers qu'entraînerait le moindre écart dans le comportement des modèles ? Une multitude d'acteurs se positionnent aujourd'hui sur leur encadrement, afin d'éviter ces dérives, mais il leur est difficile de garantir qu'elles sont totalement éliminées. Une assurance fournit alors la dernière couche de protection, qui deviendra vite indispensable. Pas étonnant que Goldman Sachs ait investi dans la startup !

Testudo

dimanche 23 août 2026

NatWest teste un nouvel outil d'accessibilité

NatWest
Grâce à une collaboration avec la jeune pousse spécialisée Be My Eyes, NatWest expérimente une approche révolutionnaire pour assister ses clients souffrant de handicap visuel dans leurs démarches bancaires courantes et réduire de la sorte leur exposition aux dangers de l'univers « digital », leur risque d'exclusion et leur dépendance.

Naturellement, les entreprises qui font preuve d'un minimum d'engagement pour l'accessibilité de leurs services mettent en œuvre diverses solutions afin d'aider les individus affectés par une quelconque déficience à utiliser leurs outils numériques, notamment à travers le respect des standards internationaux pour les sites web ou les recommandations des fournisseurs de systèmes pour les applications mobiles. En revanche, les interactions avec le monde réel restent fréquemment un problème.

La méthode adoptée par Be My Eyes répond justement à ce besoin, correspondant par exemple, dans le cas de NatWest, à la lecture d'un courrier ou l'activation d'une nouvelle carte de crédit, toutes tâches difficiles à accomplir en totale autonomie. Son principe consiste alors à partager ce que la personne sollicitant une assistance a sous les yeux, via la caméra de son téléphone ou, encore mieux, ses lunettes connectées, avec un collaborateur qui se charge de la guider pas à pas dans l'exécution de l'action requise.

NatWest x Be My Eyes

Concrètement, les consommateurs intéressés devront installer le logiciel de Be My Eyes – qui, dans son fonctionnement normal, propose de recourir à des bénévoles pour leurs demandes du quotidien – et rechercher le support de NatWest dans son annuaire intégré. Dès lors, ils sont pris en charge par un employé de la banque, formé dans ce but, pour traiter leur problématique sans crainte pour la sécurité et la confidentialité de leur interaction. L'option est entièrement gratuite (du moins dans la phase pilote).

Historiquement, la technologie favorise l'inclusion des individus portant une incapacité, pour peu que les organisations avec lesquelles ils échangent portent attention à leurs attentes. Les impacts en sont toutefois, en général, plus importants dans les usages « digitaux », l'intégration de contraintes d'adaptation étant alors plus « automatique ». Or, comme le démontre NatWest (et, surtout, Be My Eyes), dont j'aime l'exploitation des lunettes connectées pour une application véritablement utile, les opportunités d'amélioration de l'expérience dans le monde réel sont également envisageables.

samedi 22 août 2026

Quelle différenciation pour une banque ?

CommBank
Dans l'univers financier banalisé contemporain, les grandes institutions n'imaginent plus guère de solutions pour se différencier par rapport à leurs concurrentes. L'australienne CommBank recourt donc à une stratégie éculée et enrichit son programme d'avantages. N'existerait-il donc plus aucun moyen de revigorer, voire réinventer, le secteur ?

S'appuyant sur des enquêtes qui, sans surprise dans le contexte actuel de tension sur le pouvoir d'achat, révèlent que les consommateurs sont plus que jamais intéressés par les systèmes de récompenses attachés à leurs cartes de crédit, la banque annonce qu'elle en étend désormais la portée à l'ensemble de son catalogue. Ses clients accumuleront ainsi des points de fidélité aussi sur leurs crédits immobiliers, leurs comptes d'épargne, leurs contrats d'assurance… (les critères applicables n'étant pas précisés).

Pour un maximum d'attractivité auprès des 9 millions d'adeptes de son programme « Yello », CommBank insiste en outre sur la faculté qu'elle offre de convertir ces primes facilement, depuis ses applications web et mobile, en réductions sur des dépenses courantes – courses du quotidien, pleins de carburant, factures d'eau, de téléphonie, d'électricité… – comme sur des projets plus exceptionnels – notamment les sorties ou les voyages – par l'intermédiaire d'un certain nombre de partenaires renommés.

L'objectif de la démarche paraît parfaitement transparent. Alors que les dispositifs du genre sont devenus universels sur le marché des cartes de crédit, du moins dans les pays anglo-saxons, où ils constituent un argument de séduction de nouveaux porteurs, il est plutôt question ici de fidéliser les clients en leur faisant valoir l'extension aux autres produits bancaires des bénéfices qu'ils apprécient déjà. Le principe fait évidemment sens à une époque où les consommateurs deviennent volages et n'hésitent plus à multiplier leurs fournisseurs, traditionnels ou acteurs de la FinTech.

CommBank Rewards

Toujours est-il que la méthode employée fait partie de celles qui révèlent un épuisement de la capacité d'innovation. En effet, quand l'offre est identique d'une enseigne à une autre, les seules options subsistant pour se distinguer consistent soit à baisser les prix, soit à promettre des cadeaux, cette dernière étant souvent préférée car elle procure à son bénéficiaire un sentiment de récompense positif qui se répète dans la durée tandis que la première est adoptée par les nouveaux entrants en phase de conquête.

Cette situation ne devrait pourtant pas être inévitable. Historiquement, la relation avec leur conseiller individuel et la qualité de son accompagnement figuraient parmi les principaux facteurs de loyauté des clients envers leur teneur de compte. Or cet aspect a quasiment disparu des radars de l'industrie, entre autres en raison de la transition vers des interactions « digitales ». Il me semble cependant envisageable de recréer un équivalent de ce conseil personnalisé et contextualisé avec les outils numériques disponibles aujourd'hui et d'en faire un avantage concurrentiel inestimable.

jeudi 20 août 2026

L'innovation IA en crowdsourcing chez Starling

Starling Bank
Tous ses clients ne se sentant pas qualifiés pour exploiter son assistant intelligent, Starling Bank lui ajoute maintenant une rubrique « smart tools » qui leur propose des sortes de recettes prêtes à l'emploi pour divers besoins courants. Et elle promet de l'enrichir chaque semaine, y compris avec des suggestions en provenance de ses utilisateurs.

L'outil de la néo-banque a dépassé depuis quelques temps le stade du chatbot qui aide à la navigation dans les comptes, les produits, la documentation… via une interface en langage naturel. Vanté comme pionnier au Royaume-Uni, il sait aussi exécuter des actions pour le compte de son « maître ». Les plus aguerris s'en servent pour automatiser des tâches récurrentes mais une partie de la clientèle reste à l'écart de ces possibilités, faute de confiance en sa capacité à piloter l'intelligence artificielle.

L'onglet « smart tools » est conçu pour cette population. Au lieu de se contenter de quelques exemples de consignes (« prompts ») simples puis de laisser la personne se débrouiller devant l'invitation à engager la conversation avec l'IA, il liste un certain nombre de services prédéfinis, offrant plus ou moins de latitude de personnalisation, beaucoup plus faciles à mettre en œuvre et, surtout, rassurants pour les néophytes, puisqu'ils portent la garantie implicite de ne pas prendre de risques insoupçonnés.

Au lancement, seules quatre fonctions sont incluses. Deux d'entre elles s'adressent aux particuliers, dans une approche relativement élémentaire, puisqu'il est question d'un quizz sur les habitudes de dépenses et de préparation de budget pour les étudiants. Les petites entreprises, quant à elles, bénéficient d'un module d'épargne automatisée pour les taxes (dans lequel le responsable indique comment identifier les opérations concernées) et d'un guide de migration vers la dématérialisation des impôts.

Starling Smart Tools

D'ici la fin du mois, deux options supplémentaires rejoindront le catalogue, l'une pour la mise en place et l'alimentation d'une réserve d'urgence adaptée à la situation spécifique de l'utilisateur et l'autre pour l'activation des protections contre la fraude selon son contexte. La liste devrait ainsi s'allonger de la sorte toutes les semaines, la jeune pousse profitant de la facilité avec laquelle elle peut « programmer » ces activités grâce à sa plate-forme d'IA (propulsée par Gemini de Google, si je ne m'abuse).

En outre, même si elle enclenche la démarche avec ses propres idées, elle est déterminée à répondre en priorité aux attentes des adeptes. Dans cette perspective, Starling demande à ces derniers de leur transmettre leurs propositions qui, si elles paraissent cohérentes, seront implémentées dans les « smart tools ». La communication officielle ne précise pas, toutefois, si les contributions doivent être fournies sous forme de commandes agentiques ou si des présentations de concept sont acceptées.

L'approche me rappelle celle de Monzo avec IFTTT, qui, avant l'ère de l'intelligence artificielle, essayait également de capitaliser sur la créativité de ses clients afin de partager des services utiles. À l'époque comme aujourd'hui, le développement des fonctions complémentaires était réservé à une élite et la banque jouait le rôle d'intermédiaire pour diffuser les meilleures auprès de ceux qui ne possèdent pas les compétences requises… ou ne pensent pas à toutes les opportunités.

Avec l'IA et sa rapidité de production, le modèle est désormais en mesure de prendre une autre dimension, notamment en matière d'hyper-personnalisation : il n'existe quasiment plus de limite technique au déploiement de fonctions dédiées aux niches les plus étroites. Il faudra tout au plus veiller à ce que l'accès en reste toujours aisé.

mercredi 19 août 2026

La confiance en la banque s'érode

ANZ
En Australie, ANZ lance une campagne auprès de ses clients afin de les sensibiliser à la nouvelle tendance qui voit les fraudeurs aider leurs victimes à contourner les moyens de détection destinés à les protéger. Mais le succès de ces méthodes de manipulation constitue aussi un inquiétant révélateur de l'état de la confiance dans les banques.

Les auteurs de malversations que je qualifierais « de proximité », dans lesquelles un contact direct est pris avec leurs cibles, souvent par téléphone et parfois au fil d'un engagement prolongé, connaissent sur le bout des doigts les mesures que mettent en œuvre les institutions financières en vue d'intercepter leurs agissements. Alors, quand ils ne parviennent pas à les déjouer techniquement, ils exploitent leur talents relationnels pour convaincre les consommateurs de mentir à leur teneur de compte.

Les arnaques aux investissements mirobolants, notamment dans les cryptoactifs, sont fréquemment concernées. Lorsque le client veut transférer une somme d'argent importante, voire toutes ses économies, le criminel va lui expliquer comment répondre aux questions de contrôle de sa banque de manière à ne pas éveiller les soupçons, par exemple en niant agir via un intermédiaire. Dans certains cas, il peut même assister à l'entretien avec un conseiller et guider les échanges, par une oreillette ou par SMS.

Comme avec chaque « innovation » dans l'art de l'escroquerie, l'industrie réagit d'abord par la communication. En l'occurrence, elle rappelle qu'elle instaure sans cesse des mécanismes supplémentaires dans le but de repousser les attaques et que, bien qu'ils paraissent excessifs et frustrants, il ne faut jamais oublier qu'ils sont là pour la sécurité de l'argent des déposants. Elle renchérit ensuite en soulignant – comment peut-il en être besoin ? – qu'un individu qui incite à tricher est immédiatement suspect.

ANZ – Scam Coaching

Cependant la situation devrait encourager le secteur financier à l'introspection. En effet, quelle que soit l'habileté sociale des malfaiteurs, le fait que des personnes finissent par accepter, après plus ou moins de pression, d'adopter les techniques pour le moins douteuses qu'ils leurs suggèrent est certainement révélateur d'une méfiance latente vis-à-vis de la banque. Et, ironiquement, les bloquages et autres frictions introduits dans les parcours du quotidien pour la lutte contre la fraude y contribuent.

Quand ces dispositifs dépassent un niveau acceptable de nuisance, ce qui est hélas de plus en plus souvent le cas, il devient presque facile de faire croire aux consommateurs qui les subissent dans des circonstances parfaitement banales et sans risques qu'ils sont déployés pour défendre les intérêts de l'établissement et non ceux de ses clients. Il s'agit d'une conséquence dérivée du déséquilibre croissant entre l'efficacité des instruments de défense des banques et leur impact sur l'expérience utilisateur.

A minima et à défaut de trouver de meilleures solutions de protection, les efforts de pédagogie mériteraient d'être démultipliés autour de ces barrières qui deviennent insupportables. Plus profondément, les institutions financières devraient se préoccuper sérieusement de la confiance qu'elles inspirent, dont elles croient toujours qu'elle est inébranlable alors qu'elle s'effrite progressivement via divers facteurs, parmi lesquels la popularité des influenceurs et l'émergence de la FinTech jouent un rôle.

mardi 18 août 2026

À la poursuite de la recette magique de l'épargne

Snoop
Tous les consommateurs un tant soit peu avisés sont conscients qu'épargner est d'abord une nécessité avant de devenir un moyen de réaliser ses rêves. Pourtant, leurs comportements ont du mal à s'accorder avec leur connaissance. Voilà pourquoi Snoop propose à ses utilisateurs une nouvelle approche, destinée à les encourager.

Concrètement, en dépit de leur compréhension des enjeux et des stimulations externes auxquelles ils sont régulièrement exposés, ils seraient 14 millions de britanniques à disposer de moins de 100 livres sterling de réserve en vue de faire face à un imprévu. Pour ceux qui sont dans une situation précaire, le défi d'amasser un pécule suffisant pour résister à un accident de parcours paraît facilement insurmontable. Il « suffit » pourtant de quelques bonnes habitudes et d'un peu de patience pour y parvenir.

Mais le message énoncé de la sorte ne parvient pas, en général, à convaincre les intéressés. Voilà pourquoi Snoop met en place une stratégie spécifique au sein de sa plate-forme d'assistance à la gestion de l'argent. Rien de très complexe, puisqu'il s'agit, pour l'essentiel, de projeter l'utilisateur dans son avenir et lui montrer à travers des données objectives et personnalisées comment, en pratique, ses petits gestes du quotidien, actuels et/ou suggérés, vont lui permettre d'atteindre ses objectifs, à terme.

Accueil Snoop

Le principe est donc trivial : l'outil, connecté aux différents comptes du client dont le compte d'épargne distribué par la jeune pousse elle-même présente une vue du capital qui sera accumulé à diverses échéances en fonction des mécanismes automatiques mis en place, à savoir les classiques transferts d'arrondis sur les dépenses courantes et autres virements périodiques… Aussi basique soit-elle, cette fonction rend immédiatement plus visible le bénéfice futur des efforts consentis au jour le jour.

En outre, une faculté de simulation vient s'ajouter à ce dispositif relativement statique. Plusieurs options invitent l'utilisateur à ajuster les paramètres en vigueur – montants unitaires des versements, périodicité, règles de calcul de l'arrondi… – de manière à comparer visuellement l'impact de ces scénarios sur les résultats obtenus. Enfin, afin d'éviter la procrastination engendrée par les solutions trop complexes, s'il se décide à passer à l'action, un seul geste enregistre son choix et l'applique sans tarder.

Clairement, il ne faut pas attendre de miracle de la démarche déployée par Snoop, qui comporte aussi ses défauts : elle s'adresse aux individus qui ont déjà commencé à épargner, elle sera percutante surtout pour ceux qui se retrouvent dans des chiffres… Mais elle montre la voie vers un meilleur accompagnement des consommateurs plus ou moins démunis face à leur budget, en cherchant à mettre en avant les objectifs qu'ils peuvent atteindre dans leur contexte particulier, plutôt que les moyens disponibles.

lundi 17 août 2026

Revolut ouvre ses salons d'aéroport

Revolut
Dans sa mission historique de banque des globe-trotters, Revolut propose aujourd'hui l'accès à plus de 1 600 salons dans les aéroports du monde entier – à des conditions variables selon l'offre souscrite. Mais sa nouvelle stratégie de développement de la proximité avec ses clients la conduit aujourd'hui à créer son propre réseau, en Europe.

L'annonce officielle, sibylline, évoque uniquement un déploiement en 2027 mais les médias semblent savoir que la première implantation visera Copenhague, où un accord aurait déjà été signé. Au-delà de ces maigres informations, on peut tout de même imaginer que la jeune pousse souhaite, à travers cette initiative extra-bancaire, prolonger sa première aventure dans le monde physique, matérialisée il y a quelques mois par l'annonce de l'ouverture d'une agence – en quelque sorte – à Barcelone.

Dans cette hypothèse, il s'agirait donc de renforcer la confiance des clients, en mettant à leur disposition un lieu exclusif dans lequel ils peuvent toucher la réalité d'une enseigne qui, sinon, leur paraît entièrement virtuelle. Pour les adeptes existants, et plus particulièrement les abonnés aux services de haut de gamme, il ne fait guère de doute que cette évolution lui permettra de promouvoir sa différence, autant dans l'expérience du salon lui-même que dans l'attention aux besoins bancaires des voyageurs.

Revolut Lounge

L'ajout pourrait également constituer un facteur de conquête supplémentaire, dans la mesure où l'offre tiendra sa promesse d'exception… et si elle est aussi exploitée comme un support de marketing, d'une manière ou d'une autre. Il pourrait s'agir, à un stade élémentaire, d'en faire la promotion dans la communication habituelle et dans les aéroports (où Revolut a depuis longtemps coutume de s'afficher)… ou bien d'utiliser son espace pour accueillir des visiteurs/prospects, sur une base régulière ou non.

Comme pour son obtention récente d'une licence bancaire en France, Revolut cherche de toute évidence à affermir sa légitimité, auprès des millions de personnes qui restent attachées aux institutions traditionnelles. Mais, contrairement à ces dernières, elle ne croit pas que l'agence classique en constitue un pilier obligatoire. Elle estime plutôt que c'est en fournissant des services de proximité de qualité supérieure, correspondant aux attentes de sa cible, qu'elle aura le plus de chances de convaincre et séduire.

dimanche 16 août 2026

Nationwide partage ses outils d'accessibilité

Nationwide
En 2024, dans la lignée d'autres initiatives du genre dans le monde anglo-saxon, Nationwide déployait dans ses agences un système extrêmement simple de cartes afin d'aider ses clients souffrant de handicaps de communication à exprimer leurs besoins. Maintenant, elle partage son travail avec l'ensemble de l'industrie bancaire.

Qu'il s'agisse d'une incapacité temporaire, par exemple due à une affection (cancer de la gorge, infarctus…), ou permanente, de la perte d'audition aux syndromes neuro-divergents, en passant par les maladies mentales, des études universitaires montreraient qu'une personne sur cinq rencontrera dans sa vie des difficultés à dialoguer avec ses interlocuteurs, l'exposant alors à des risques accrus de fraude et d'abus de faiblesse ou à des incompréhensions, sources d'erreurs et de frustrations.

La solution – triviale – mise au point par quelques collaborateurs de Nationwide consiste à mettre un jeu de cartes aux messages prédéfinis à la disposition des visiteurs, à l'accueil des agences. Réparties en quatre catégories, distinguées par un code couleur, elles permettent de signaler une exigence en amont d'une conversation (parler lentement…), rapporter une situation d'urgence (perte de carte…), poser une question opérationnelle (solde du compte…), demander de l'aide (pour un retrait…).

Pour plus d'efficacité, le dispositif s'accompagne de guides d'utilisation. À un niveau générique, les personnels concernés bénéficient ainsi de recommandations pour la mise en œuvre, notamment pour la détection des individus susceptibles d'en profiter et la suggestion d'y recourir (avec diplomatie) ou, ultérieurement, dans le but de leur faciliter les échanges. Chaque carte comporte en outre quelques indications sur la meilleure manière d'apporter une réponse aisément compréhensible et dénuée d'ambiguïté.

Speak Easy

Après deux ans d'expérience, vraisemblablement perçue comme un succès, Nationwide a donc décidé d'offrir son projet à la communauté, sur un site dédié. Toutes les institutions financières du Royaume-Uni (et d'ailleurs ?) ont désormais la possibilité de récupérer le matériel nécessaire – modèles des cartes, documentation, guides… – en vue de le déployer à leur tour. Elles peuvent même les modifier à volonté si elles en ressentent la nécessité (en raison des spécificités de leur activité, peut-être). Dès à présent, Virgin, NatWest, Santander, entre autres, ont rejoint l'initiative.

L'idée sous-jacente est de considérer l'accessibilité des services comme une cause publique et non comme un facteur de différenciation concurrentielle. Mais l'établissement porte également l'ambition de définir un standard national dans son domaine, de façon à rendre la vie encore plus facile aux personnes fragiles qu'il cible, grâce à un système qu'elles retrouveront dans toutes leurs interactions, y compris au-delà de l'univers bancaire. Dans cette perspective, une première extension est déjà disponible, via une collection de cartes adaptée aux employés et visiteurs des sièges d'entreprises.

samedi 15 août 2026

Chip, l'agent codeur de Monzo

Monzo
Avec son « Agent Chip », conçu et mis au point en interne, Monzo se positionne aux antipodes de ces entreprises qui imaginent remplacer leurs effectifs humains de développement logiciel par des outils d'intelligence artificielle. A contrario, son approche s'avère extrêmement rationnelle et contrôlée, comme il se doit dans l'univers bancaire.

Pas de naïveté incongrue, l'ambition des promoteurs du projet, engagé depuis fin 2025, consiste bien, pour une large part, à renforcer l'efficacité et la productivité des équipes. Cependant, par pragmatisme autant que par prudence, il n'est pas question de confier à l'IA leurs tâches principales de production, du moins pour l'instant. En revanche, son rôle comprend d'emblée la prise en charge des demandes mineures, de celles qui restent fréquemment en bas de la pile des priorités dans toutes les organisations.

Connecté à la quasi-totalité du patrimoine informatique et documentaire de la jeune pousse, Agent Chip est d'abord utilisé, sans surprise, pour répondre aux questions posées dans l'espace collaboratif habituel des employés, au sein duquel il se comporte donc comme un super expert toujours disponible. D'un point de vue opérationnel, il est également capable d'effectuer les revues de code et d'exécuter les menues corvées « mécaniques », telles que les mises à jour de librairies ou les actions de normalisation.

Naturellement, il sait aussi proposer son aide pour la programmation. Mais le recours à cette faculté est privilégié dans deux circonstances particulières, pour lesquelles la réactivité est primordiale. Il va ainsi suggérer la solution adéquate, d'une part, lors d'une déclaration d'incident en production et, d'autre part, lorsque quelqu'un, éventuellement hors du département informatique, sollicite la correction d'une anomalie simple ou une petite évolution, qu'il suffit alors d'exprimer (en détails) en langage naturel.

Monzo – Agent Chip

Quelle qu'en soit l'origine, les changements générés par Agent Chip sont systématiquement validés par un professionnel humain (avec, il est vrai, le risque résiduel que ce dernier néglige cette phase essentielle par excès de confiance). Il subsiste donc une source de contention sur les ressources mais elle est sans commune mesure avec les délais qui, dans les organisations traditionnelles, peuvent affecter les requêtes jugées non prioritaires et engendrent souvent des frustrations côté métier.

Il faut encore parler des préalables à la création de l'outil, qui, incidemment, donnent aussi à comprendre le choix d'un réalisation interne. En premier lieu, la néo-banque à déployé une passerelle MCP – le standard de fait d'accès aux fonctions par les agents IA – gérant l'intermédiation avec tous les systèmes qu'il est susceptible de mettre en œuvre afin de remplir son rôle. Ceux-ci comprennent les plates-formes (classiques) de développement mais également les référentiels, notamment méthodologiques.

D'autre part, l'infrastructure agentique a été soigneusement élaborée de manière à prévenir toutes sortes de dérives. Implémentée sous un modèle de bac à sable, ses interactions avec le reste du monde sont strictement circonscrites et, par exemple, restreintes aux services existants (de gestion des sources, d'automatisation des tests…) disposant de leurs propres capacités de télémétrie, pour une traçabilité sans failles.

Loin des fantasmes de l'intelligence artificielle, Monzo démontre une nouvelle fois son opportunisme en évitant de lancer un chantier généraliste, dont la seule maîtrise des dangers qu'il entraînerait peut le conduire à un échec retentissant, et en préférant cibler en premier lieu les points de friction identifiés dans les processus actuels. Ce qui ne l'empêche pas, bien au contraire, Agent Chip étant envisagé comme un produit à part entière, de préparer un avenir où il prendra de plus en plus de responsabilités.

vendredi 14 août 2026

Un assistant IA pour la gestion de patrimoine

Intellectuality
Conçue et développée par un conseiller en gestion de patrimoine en activité et un spécialiste de l'intelligence artificielle, Patrimind est une solution qui vise d'abord à soulager les professionnels du domaine de leurs tâches administratives, mais qui peut également les aider à mieux accompagner leurs clients, notamment les plus modestes.

Dans son rôle primaire d'assistante technique, le premier volet de l'expertise de cette IA sectorielle porte sur l'acquisition et la restitution d'information. Pour ce faire, la plate-forme ingurgite différents types de sources (documents d'identité, justificatifs fiscaux, échanges informels…), sous de multiples formats (fichiers PDF, feuilles de calcul, courriels…),  et en extrait les données importantes pour, par exemple, l'analyse initiale du dossier d'un prospect ou la préparation d'une proposition de plan d'investissement.

Outre un tableau de bord récapitulatif du client, l'utilisateur a la possibilité d'interroger, par tchat, le corpus ainsi constitué, de manière à retrouver en un tournemain une information utile sans avoir à explorer les pièces accumulées. Et, parce que le métier de la gestion de patrimoine ne souffre aucune approximation et que règne, à juste titre, une certaine méfiance vis-à-vis des hallucinations de l'IA, les réponses apportées à chaque question sont assorties d'une référence précise et vérifiable à leur origine.

Selon sa complétude, la connaissance engrangée de la sorte est ensuite disponible pour diverses analyses – bilans, audits, études de conformité… – qui pourront aussi déboucher sur des suggestions opérationnelles, spontanées ou stimulées (par une demande explicite). Comme tout ce que produit l'outil, les éléments de raisonnement mis en œuvre dans ce contexte sont toujours fournis avec leur provenance officielle, entre autres les textes juridiques pertinents, afin d'asseoir la légitimité des recommandations.

Patrimind

À partir des propositions retenues, émanant de l'IA ou élaborées à l'instigation du professionnel, la solution est alors en mesure de dérouler des scénarios de bout en bout, basés sur les données réelles, afin d'en évaluer la valeur et/ou de constituer un argumentaire à partager avec le client. Enfin, lors du passage à l'action, elle va extraire de ses registres et transmettre automatiquement les données nécessaires à la souscription de produits (pour les procédures de KYC et anti-fraude, en particulier).

Clairement et sans ambiguïté possible, l'objectif de Patrimind consiste bien à libérer du temps pour le conseiller, qu'il va pouvoir consacrer à son véritable savoir-faire, au service de ses clients. Cependant, les préconisations que commence à inclure son outil laissent également entrevoir une autre opportunité, de démocratisation de la gestion de fortune. En effet, l'intelligence artificielle pourrait assumer une part autonome plus ou moins importante et plus ou moins standardisée de l'accompagnement – sous contrôle d'un expert humain, par sécurité – selon le niveau de patrimoine de l'intéressé.

jeudi 13 août 2026

SOLO, la connaissance client collaborative

Solo
L'américaine SOLO n'est certes pas la première à offrir à l'industrie financière une solution de connaissance client partagée mais elle me paraît être une des plus sophistiquées à ce jour. Peut-être parviendra-t-elle ainsi à encourager effectivement les acteurs du secteur à mutualiser enfin une contrainte incontournable qui leur coûte cher.

La mise en commun d'information entre concurrents est aujourd'hui souvent expérimentée dans une perspective de lutte contre la fraude : dans ce cas, l'objectif recherché est d'améliorer son efficacité, en évitant qu'un escroc puisse reproduire ses méfaits successivement dans plusieurs établissements. SOLO, elle, pense d'abord aux frictions que provoque pour les entreprises et les consommateurs légitimes (et honnêtes) la nécessité de se soumettre régulièrement aux même contrôles.

Alors que la multi-bancarisation devient la norme parmi la population et que les exigences réglementaires s'alourdissent, autant en précision et en rigueur qu'en fréquence de validation, chaque personne doit se soumettre sans cesse à des formalités de vérification d'identité toujours identiques et transmettre à répétition les documents justificatifs classiques (domicile, revenus, imposition…). Ces procédures sont à la fois pénibles pour les intéressés et coûteuses pour leurs fournisseurs de services.

Dans ce contexte, l'idée de créer un référentiel qui centralise les données sur les entités possédant une relation avec une banque (ou équivalent) vient donc naturellement : une fois collectées, elles peuvent être réutilisés pour les demandes suivantes. Le principe se heurte toutefois à deux difficultés : d'une part, la réticence des institutions à partager ce qu'elles estiment être leur propriété et, d'autre part, la méfiance envers les méthodes en vigueur dans une firme extérieure, surtout vis-à-vis d'une obligation légale.

SOLO – Shared Customer Record

SOLO essaie de répondre à ces deux freins avec sa solution qui, par ailleurs, reprend des mécanismes habituels de captation et d'enregistrement des informations obtenues via ses différents partenaires, prêtes à partager avec les autres, moyennant une autorisation explicite de l'individu ou de la société concerné(e). Première particularité, elle offre une compensation aux fournisseurs pour chaque utilisation de leurs données, et reconnaît de la sorte les frais engagés afin de les obtenir et les vérifier.

D'autre part, elle a mis en place un système de « politiques » destinées à qualifier la fiabilité des résultats retournés, selon les besoins de chacun. Elles permettent de spécifier les attentes d'un demandeur (données requises, moyen de contrôle mis en œuvre, ancienneté…) et, après confrontation avec celles du gisement existant, qu'elle aura préalablement certifiées, de ne restituer que les enregistrements conformes, ceux qui manqueraient étant alors sollicités directement auprès du client ou prospect visé (avec une suggestion de les mettre à leur tour à la disposition de la communauté).

Après une année d'existence opérationnelle, SOLO compte déjà 240 enseignes dans son réseau, dont un certain nombre de banques « sponsors » qui trouvent là un moyen optimal d'imposer leurs contraintes aux jeunes pousses auxquelles elles délèguent leurs services. Au-delà de ce cercle de petites structures, relativement faciles à séduire, elle espère aussi conquérir de grands groupes, indispensables pour sa crédibilité, grâce à sa stratégie de rémunération des données, susceptible de contre-balancer le déséquilibre économique structurel de ce genre de démarche collaborative.

mercredi 12 août 2026

Pas de résilience sans recensement des logiciels

CISA
Parce qu'ils sont aujourd'hui au cœur de toutes les activités, les logiciels sont devenus une des principales sources de menace pour la résilience des économies et des états. Pourtant, l'évolution des pratiques au fil des ans rend leur maîtrise de plus en plus difficile. Les agences de cybersécurité du monde entier, CISA américaine en tête, souhaitent donc imposer des contraintes de transparence radicales.

Elle est bien loin l'époque où chaque organisation – utilisatrice finale ou éditrice – concevait et bâtissait ses propres applications de A à Z, maîtrisant de fait sa chaîne de développement de bout en bout. De nos jours, et la prolifération des assistants de codage à base d'intelligence artificielle ne va faire que renforcer la tendance, les logiciels sont constitués d'un assemblage d'une myriade de composants externes – souvent sous licence libre – complétés d'une couche spécifique, plus ou moins élaborée.

En parallèle, une nouvelle forme de criminalité s'est développée qui consiste à introduire discrètement des opérations malveillantes au cœur des éléments les plus fréquemment mis à contribution par ces entreprises, ce qui expose alors quasi automatiquement leurs produits à des attaques redoutables. Par ailleurs et plus banalement, ces mêmes modules sont également sujets à des erreurs et anomalies qui, elles aussi, engendrent des risques de dysfonctionnement et autres failles de sécurité.

Ces méthodes de combinaison de logiciels (ou de parties de logiciels) sont désormais tellement répandues, avec des degrés d'imbrication inextricables, que, en l'absence d'une information claire et exhaustive, un responsable se trouve dans l'impossibilité de savoir ce que les applications qu'il déploie embarquent réellement, ni les menaces qu'elles provoquent. Voilà pourquoi les autorités compétentes demandent dorénavant aux fournisseurs d'inventorier en détails la composition de ce qu'ils distribuent.

La démarche semble parfaitement naturelle… mais elle risque de se heurter à un sérieux problème : selon certains experts, de nombreux acteurs spécialisés, surtout parmi les plus importants, seront incapables de respecter les exigences, notamment en raison des limitations de leur outillage en la matière. Que feront-ils lorsque leurs clients – et les institutions financières, particulièrement sensibles, devraient en être pionnières – leur transmettront la dite liste à remplir lors de leurs appels d'offres ?

Dans tous les cas, selon toute probabilité, les réglementations en matière de résilience, à l'instar de DORA pour le secteur financier européen, incluront à court ou moyen terme des obligations de cet ordre et leurs partenaires technologiques devront y répondre. Cependant, une fois la transparence établie et la connaissance du patrimoine informatique ainsi approfondie, il faudra ensuite la mettre à profit, en priorité afin de corriger au plus tôt les vulnérabilités identifiées. Dans ce domaine également, les outils de support sont pour l'instant immatures et devront progresser rapidement.

Puzzle

lundi 10 août 2026

Visa investit dans la biométrie comportementale

Visa
Longtemps affaire de spécialistes, la biométrie comportementale appliquée à la lutte contre la fraude et autres besoins de sécurité commence désormais à intéresser de près les grands groupes de la finance en mal de solutions face à la montée des menaces propulsées à l'IA. L'acquisition de BioCatch par Visa en fournit une illustration.

La discipline a déjà une quinzaine d'années et consiste à capter et analyser, grâce à des librairies dédiées disponibles pour les applications web et mobile, une batterie d'informations représentative du comportement d'un utilisateur : mode de saisie au clavier (physique ou virtuel), mouvements de souris ou du doigt sur un écran tactile, configuration des environnements, temps d'attente et hésitations… Chaque individu possédant sa propre signature, les écarts signalent une intrusion possible.

Aussi attractive qu'elle paraisse, l'approche n'a semble-t-il jamais conquis massivement son marché, selon toute vraisemblance en raison d'un taux de faux positifs potentiellement élevé (dont la réalité n'est cependant pas clairement établie). En effet, outre les risques d'erreurs algorithmiques communs à toutes les méthodes de détection de fraude, les événements de la vie courante – blessure, fatigue, gêne exceptionnelle (un colis dans les bras)… – peuvent entraîner un rejet abusif, néfaste pour l'expérience.

Visa acquiert BioCatch

Mais voilà, ces défauts, qui, heureusement, s'estompent au fil de la maturité croissante, ne comptent (presque) plus à l'heure où les fraudes prennent une ampleur inédite, autant sur les paiements que sur leurs éléments de contexte (via, par exemple, l'usurpation d'identité), et où les outils classiques sont facilement bernés par l'intelligence artificielle qu'emploient régulièrement les cybercriminels de tout poil. Dans ces conditions, une entreprise telle que Visa n'a d'autre choix que d'étendre son arsenal.

En fait, son achat de BioCatch marque un tournant majeur pour la biométrie comportementale. En effet, elle vient conclure une série d'opérations (dont celle de LexisNexis sur le pionnier BehavioSec) qui ont progressivement intégré cette dernière dans des offres plus vastes et en détermine ainsi la fin en tant que catégorie indépendante. Naturellement, cette transition devrait également représenter le début de son adoption généralisée par les industries financière et du commerce de détail.

Hélas, ne serait-il pas un peu tard pour s'emparer de cette solution et la transaction de Visa ne constituerait-elle pas un nouvel épisode du feuilleton de la tentative un peu désespérée de rattrapage de l'avance technologique que conservent toujours les cybercriminels ? Je ne fais pas avec cette interrogation montre de pessimisme gratuit : des logiciels malveillants capables de contourner les protections comportementales sont déjà apparus et laissent entrevoir leur obsolescence quasi inévitable, à terme.