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mardi 7 juillet 2026

Les promesses environnementales oubliées

Google
Comme en écho à l'alerte récemment lancée par le cabinet Gartner vis-à-vis de la dégradation de l'impact environnemental de l'univers « digital », en particulier avec le développement de l'intelligence artificielle, les rapports que viennent de publier Google et Amazon pour l'année 2025 viennent confirmer les estimations les plus pessimistes.

Alors que les deux acteurs ont déclaré leur engagement à atteindre la neutralité carbone d'ici à quelques années (aussi futile soit ce genre de promesse) et après des progrès sensibles réalisés dans un premier temps, leurs derniers bilans en date illustrent la dérive en cours, laissant planer un doute de plus en plus lourd sur leurs véritables trajectoires. Sans parler d'autres indicateurs (tels que la consommation d'eau), leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) ont ainsi progressé de 16 à 18% en un an.

En outre, si cette croissance paraît inquiétante en elle-même, elle ne reflète probablement pas entièrement la réalité à venir. En prenant principalement l'exemple de Google, la majeure partie de l'augmentation enregistrée est imputable à la construction et l'aménagement de centres de production informatique supplémentaires, requis afin de faire face à la demande de l'IA. Le béton des bâtiments et les composants électroniques des serveurs figurent parmi les principales sources (indirectes) de GES.

La consommation électrique de ces installations n'interviendrait donc pas dans la comptabilité ? En réalité, il s'agit, dans une large mesure, d'une illusion. Google admet un surcroît de 37% par rapport à 2024… mais il ne se traduit que par un petit +2% d'émissions de GES. Cette apparence vertueuse est justifiée par le recours à des énergies renouvelables (qui ont tout de même aussi un impact)… et de la compensation sur les marchés du carbone, ce qui n'est qu'un pis-aller (sinon une mascarade).

Google Sustainability

Mais la situation va indubitablement continuer à s'aggraver car, entre les politiques désastreuses de l'administration américaine actuelle et les limites techniques de l'industrie de l'énergie, les nouveaux centres de données sont de plus en plus fréquemment alimentés par une électricité carbonée (en général à base de gaz naturel). Avec leur mise en service, les bilans environnementaux vont certainement prendre un coup de massue qu'aucune compensation ne pourra jamais dissimuler.

Les géants de la Silicon Valley veulent maintenant nous faire croire que l'IA, qui est responsable de l'essentiel de la catastrophe qui se profile, serait aussi sa solution. Mais ils n'ont aucune démonstration concrète à offrir et se contentent de vagues illustrations peu convaincantes, à l'instar de celles de Google affirmant que quelques-uns de ses produits (dont les thermostats NEST et la navigation routière), qui existaient avant l'IA, permettent d'éviter des millions de tonnes de CO2 rejetées dans l'atmosphère.

En vérité, leurs engagements d'autrefois sont en voie d'être rangés aux oubliettes… et advienne que pourra (à l'humanité). Le cynisme est désormais (à nouveau ?) la seule loi qui règne et le format du rapport environnemental de Google en fournit un aperçu presque caricatural, en consacrant plus de 80% de ses pages à la description de ses initiatives, plus ou moins sérieuses, et de ses ambitions, et en enfouissant soigneusement les données brutes de son diagnostic à la fin du document.

jeudi 25 juin 2026

Une alliance pour évaluer l'empreinte de l'IA

Alliance GenAI Footprint
Alors que les Nations Unies exprimaient récemment des inquiétudes sur l'empreinte environnementale de l'intelligence artificielle, un groupe de grandes entreprises françaises mené par Axa, Engie, Publicis et La Poste annonçaient à VivaTech le lancement de l'Alliance GenAI FootPrint pour, a minima, la création d'un outil de mesure fiable.

Les constats que partagent l'organisation internationale sont en effet préoccupants et soulignent le peu de cas qui est fait aujourd'hui d'un problème qui s'aggrave à une vitesse alarmante. Si les projections des usages massifs actuels de l'IA et de la consommation d'énergie associée – estimée à 945 TWh annuels à l'horizon de 2030 (l'équivalent des 650 millions d'habitants du Pakistan, du Bangladesh et du Nigeria) – sont connues, le rapport s'attarde aussi sur ce qui n'est pas mesuré aujourd'hui.

Première anomalie, la plupart des bilans énergétiques du secteur se concentrent sur les coûts de l'entraînement des modèles. Or l'étude révèle que celui-ci ne représente, en moyenne, que 10 à 20% de la facture d'électricité, les usages quotidiens des plates-formes étant infiniment plus gourmands… du simple fait de leur popularité : une seule d'entre elle traiterait ainsi 2,5 milliards d'interrogations par jour, à rapprocher des quelques 8,5 milliards de recherches sur le moteur de Google, bien moins énergivore.

Autre angle mort de l'équation, les centres informatiques sont des gouffres en eau, à tel point que, à la même échéance de la fin de la décennie, ils pourraient atteindre le niveau des besoins domestiques d'environ 1,3 milliards de terriens, sans compter les déperditions en amont, notamment dans la chaîne de production d'électricité. Enfin, il reste deux domaines d'impacts presque totalement ignorés : l'artificialisation des terrains réquisitionnés pour ces installations et la prolifération des déchets électroniques.

Dans ces conditions, l'instrument de mesure promis par l'Alliance GenAI FootPrint est bienvenu, d'autant plus qu'elle se fixe pour objectif de le distribuer sous licence libre et de le mettre à la disposition des acteurs de tous secteurs désireux de surveiller leur impact environnemental. Combinant des méthodes de calcul scientifiques dûment validées, il vise à fournir une évaluation précise des émissions de gaz à effet de serre générées par les différentes mises en œuvre de l'intelligence artificielle générative.

Naturellement, le parallèle avec les travaux des Nations Unies donne immédiatement à comprendre l'étendue du chemin qui reste à parcourir pour intégrer toutes les dimensions du sujet au sein du projet qui, apparemment, ne considère à ce stade que les conséquences de la consommation énergétique de l'IA. Espérons que des itérations ultérieures prendront en charge les problématiques d'usage de l'eau, particulièrement sensibles à l'échelle planétaire, sinon les autres volets, plus difficiles à quantifier.

VivaTech

mercredi 17 juin 2026

Où en sont les promesses environnementales ?

Gartner
Il y a quelques années, les grandes entreprises promettaient d'œuvrer sans relâche à la réduction de leur empreinte environnementale, jusqu'à, pour les plus optimistes (ou les plus mystificatrices, selon votre point de vue), atteindre une illusoire neutralité carbone. Mais voilà, entretemps est apparue l'intelligence artificielle générative…

Alors que la technologie se propage à une vitesse phénoménale, le cabinet Gartner lance l'alerte. Selon ses estimations, la consommation globale d'électricité par les centres de données a progressé de 15% en 2025 et elle devrait encore croître de 26% cette année et de 24% en 2027. En outre, comme la demande mondiale en puissance informatique devrait être quasiment multipliée par trois d'ici à la fin de la décennie (passant de 104 à 290 GW), aucune perspective de stabilisation n'est envisageable.

Par ailleurs, dans ce paysage, l'IA est incontestablement responsable de l'essentiel des besoins supplémentaires. Si les systèmes « conventionnels » subissent aussi une hausse de leurs exigences énergétiques, elle est marginale, avec un maximum de 2,4% prévu en 2027. En réalité, les nouveaux outils semblent constituer le seul domaine dans lequel les organisations enrichissent leur patrimoine logiciel… et leur boulimie d'électricité n'entre guère dans la balance à l'heure des décisions stratégiques.

Pour les analystes de Gartner, la projection des 1 200 TWh que réclameront les installations informatiques à l'horizon 2030 soulève avant tout une inquiétude de dépassement des capacités des réseaux. Même avec la construction effrénée de nouvelles unités de génération, notamment celles qui accompagnent tous les projets actuels de création de centres informatiques dédiés à l'intelligence artificielle, des tensions apparaîtront irrémédiablement, y compris dans les implantations existantes.

Je pense toutefois qu'il faut ajouter à cette préoccupation les inévitables problématiques de coût qui vont surgir, le prix de l'énergie ayant toutes les chances de grimper avec la demande. L'exploitation des modèles d'IA pourrait ne pas devenir plus abordable avec la maturité, contrairement aux innovations technologiques du passé. Enfin, surtout, les impacts environnementaux – à la fois en termes d'émissions de gaz à effet de serre et d'usage massif d'eau – sont généralement oubliés dans les calculs.

Pour toutes ces raisons, les entreprises vont devoir relancer sérieusement leurs efforts en matière d'efficacité énergétique, à tous les niveaux de la chaîne de valeur, entre autres à travers l'optimisation des aménagements des centres de données, des pratiques logicielles… Les travaux qui ont parfois été entamés et abandonnés il y a longtemps redeviennent d'actualité. Et la bonne nouvelle, pour la planète, est que chaque fois que des enjeux de coût prennent le dessus, la volonté d'agir suit…

Réseau Électrique

mercredi 6 mai 2026

Ekko évalue l'impact des achats sur la biodiversité

Ekko
Historiquement, Ekko est une de ces entreprises qui fournissent aux intermédiaires de paiement un outil d'évaluation de l'empreinte environnementale des dépenses à l'intention de leurs utilisateurs. À sa mesure, classique, des émissions d'équivalents en CO2, elle ajoute désormais une estimation inédite des impacts sur la biodiversité.

Le fonctionnement du « Nature Footprint » est identique au mécanisme déjà en place. L'identification, pour chaque transaction, de sa catégorie de marchand, de son montant et du pays dans lequel elle est exécutée permet, grâce à des modèles propriétaires basés sur une recherche validée scientifiquement, de déterminer les effets de l'achat correspondant sur la nature. Ceux-ci sont alors retraduits dans des termes faciles à appréhender (par exemple ramenés à la surface d'un terrain de football).

Dans les détails, les calculs s'appuient sur une connaissance précise des industries et de leurs chaînes d'approvisionnement afin de quantifier leurs effets sur les habitats de la faune et la flore, les usages des terrains, la pression sur les ressources en eau, la pollution… Ces divers facteurs, distribués sur douze dimensions complémentaires, servent ensuite à établir un indicateur composite reconnu : l'abondance moyenne des espèces (MSA), comparant la zone considérée à une référence idéale non perturbée.

Après la conversion de ce score, abstrait, en une illustration sur un exemple concret de conséquence, Ekko propose aux consommateurs exposés à son service d'agir en vue de « compenser » les contrecoups de leurs emplettes. Les méthodes employées dans son but respectent les traditions du genre, avec une invitation à ajouter quelques centimes, par arrondi ou par montant fixe, qui seront ensuite affectés à des projets de préservation de la nature, voués à œuvrer directement dans les domaines évalués.

Ekko Nature Footprint

J'ai l'habitude de critiquer les plates-formes qui « se contentent » de communiquer aux personnes le niveau d'impact de leurs dépenses, surtout quand celui-ci se matérialise par un volume de gaz à effet de serre, qui, même une fois comparé à la consommation d'une voiture sur x kilomètres (ou autre variante du genre), ne représente pas grand chose. Avec une empreinte sur la nature exprimée en m2 d'espaces perdus, les chiffres prennent un peu plus de réalité, facilitant la projection sur son contexte proche.

Autre regret habituel, les possibilités d'action restent limitées et sont essentiellement symboliques. Ekko se veut toute fois candide dans sa démarche : son objectif principal est de fournir aux individus la transparence qui leur manque quand ils déclarent (à 80%, selon une enquête de Mastercard) vouloir vivre de manière plus responsable mais n'ont aucune idée de ce que représentent leurs gestes du quotidien en effets néfastes sur la planète. Il faut leur montrer leur situation existante avant d'espérer changer les pratiques, sa seule découverte pouvant d'ailleurs les inciter à les infléchir.

mercredi 29 avril 2026

Helios se préoccupe de bien-être financier

Helios
Consciente des relations étroites qui existent entre préoccupations environnementales et bien-être financier des populations, la néo-banque écologique Helios, qui a désormais rejoint le groupe Younited, lance une nouvelle initiative de sensibilisation à l'intention de ses clients, dont j'espère qu'elle s'enrichira bientôt d'un volet de conseil.

Je doit préciser d'emblée que, à bien des égards, cette nouveauté, tout comme les efforts précédents de la jeune pousse – contenus pédagogiques ou options telles que les poches d'épargne –, souffre des défauts que je signale régulièrement dans ces colonnes : approche passive et emphase sur son recours à l'intelligence artificielle. Elle retient néanmoins mon attention, d'une part parce qu'elle émane d'une entité aux moyens bien plus limités que les grands groupes auxquels j'adresse généralement mes reproches et, d'autre part, parce qu'elle esquisse une orientation qui m'inspire.

Le principe de fonctionnement retenu est relativement original puisqu'il repose sur l'envoi d'un courriel aux clients (un échantillon dans un premier temps, avant généralisation), contenant une analyse détaillée de leur comportement financier sur l'année 2025. Le message fournit, entre autres, un bilan mensuel des flux, individuels ou en couple, une répartition des dépenses par catégorie, une mise en avant des achats responsables (la raison d'être d'Helios), une évaluation de l'épargne et de ses tendances… En résumé, rien de très excitant dans le registre du suivi budgétaire.

Au sein de cette synthèse, un premier détail mérite toutefois de s'y attarder : les résultats obtenus sont mis en regard avec la règle connue dite des 50/30/20 de pilotage sain des finances personnelles, préconisant l'affectation des revenus pour 50% aux frais essentiels, 30% aux envies et 20% en réserve. Voilà une excellente illustration d'une contextualisation d'un précepte, abstrait quand il fait partie d'une formation théorique et qui prend tout son sens une fois appliqué à la situation de l'apprenant. Selon moi, tous les apprentissages devraient être déclinés de la sorte sur des cas individuels.

Helios App

Une autre dimension de la démarche laisse entrevoir une perspective brillante si elle est prolongée à l'avenir. En effet, l'étude menée sur les transactions aboutit à l'identification d'un comportement prédominant (par exemple « la fourmi ») parmi un référentiel qui en comprend neuf. La connaissance de ce trait psychologique constitue un élément essentiel pour la construction d'une éventuelle stratégie de recommandations efficace, à la fois afin de mettre l'accent sur des thématiques et problématiques que les biais sous-jacents tendent à faire ignorer et pour exploiter des mécanismes d'incitation qui résonnent de manière optimale avec le mode de pensée privilégié du sujet.

En résumé, Helios propose une solution relativement basique pour l'instant mais avec un fort potentiel de progrès en matière d'accompagnement concret de l'éducation et du bien-être financiers. Il reste à espérer que l'équipe n'en reste pas là et enrichisse progressivement sa proposition de valeur, comme elle semble le promettre. Une première piste de réflexion devrait concerner, à mon avis, la distribution de l'outil : son envoi spontané est susceptible de stimuler la bonne volonté mais sa fréquence, si elle est annuelle, comme donne à le comprendre la présentation, serait à revoir.

dimanche 5 avril 2026

Generali intègre la prévention climatique dans l'assurance

Generali
Alors que les statistiques pour l'année 2025 montrent la progression continue du dérèglement climatique et de son impact sur l'industrie de l'assurance, Generali présente une initiative d'accompagnement proactif de ses clients, déployée à la souscription de leurs contrats habitation… mais donne l'impression de disperser ses efforts.

La croissance des risques entraîne inexorablement une augmentation de la pression sur les compagnies, qui commencent logiquement à la reporter sur les assurés. En conséquence, si, jusqu'à maintenant, les mesures prises se limitaient à proposer aux intéressés d'évaluer l'exposition de leur bien immobilier aux intempéries et autres phénomènes dangereux, une deuxième phase se dessine dorénavant, dans laquelle la sensibilisation et l'encouragement à passer à l'action se font plus insistants.

En l'occurrence, dans le cas de Generali, un diagnostic complet, couvrant les principales menaces (feux de forêt, inondations, sécheresses, séismes, sinistres industriels…), est systématiquement réalisé et transmis au demandeur dès l'établissement d'un devis. Ce document, basé uniquement sur l'adresse des lieux et des données de référence publiques, permet, selon le résultat, de soulager le prospect ou de lui faire prendre concrètement conscience des risques encourus sur sa maison ou son immeuble.

Dans cette deuxième hypothèse et en cas de contractualisation, une autre étape s'enclenche. Avec l'aide d'un des 830 agents généraux de proximité, le nouveau client bénéficie d'un diagnostic personnalisé approfondi, assorti de recommandations pratiques, priorisées, pour la mitigation des dangers identifiés. L'assistance se décline ensuite sur la sélection de professionnels qualifiés pour leur exécution… et sur la recherche de financement, qui constitue souvent un obstacle majeur aux travaux.

À ce stade, je veux exprimer une inquiétude, dans une démarche qui, par ailleurs, me paraît saine et légitime dans le contexte contemporain. En effet, j'observe une multiplication des services d'estimation des risques naturels géographiques, autant de la part d'organismes publics que d'assureurs (dont Generali), voire d'autres institutions financières (concernées par le crédit, notamment). Sachant que tous s'appuient plus ou moins sur les mêmes ressources, il serait temps d'envisager leur mutualisation… de manière à pouvoir concentrer les investissements sur l'anticipation des aléas.

De toute évidence, un vaste mouvement de transformation est en cours dans le secteur de l'assurance, qui sait ses métiers menacés par le changement climatique. Il passe ainsi d'une position passive, proposant des outils à ses clients préoccupés par le sujet, à une posture plus volontariste, plaçant tout le monde devant ses responsabilités. Je suppose que viendra plus tard une attitude de plus en plus contraignante, qui, si elle ne va pas jusqu'au refus de couverture, pourrait imposer des conditions préventives…

Generali – Changement Climatique 2025

jeudi 5 mars 2026

L'assurance télématique devient verte

AutoConnexa
Sa récente levée de fonds, à laquelle participait le Crédit Agricole, nous procure l'occasion de découvrir la jeune pousse italienne AutoConnexa. Si elle reprend le concept déjà ancien d'assurance ajustée selon le comportement du conducteur, elle lui ajoute une dimension environnementale qui peut l'aider à séduire un marché plutôt réticent.

Au premier abord, la solution de la jeune pousse reprend les principes des polices dites « Pay How You Drive » (payez selon votre attitude au volant), tels qu’ils existent depuis plus de 15 ans : un dispositif embarqué mesure en permanence les paramètres principaux du véhicule – vitesse, accélérations, freinages, changements de direction… – afin d’évaluer le niveau de prise de risque. Sur cette base, les clients jugés les plus prudents se voient alors accorder des réductions de prime pour leur couverture.

D’emblée, AutoConnexa se distingue par rapport à ce standard de fait puisque plutôt que de recourir à un appareil connecté au port de maintenance de la voiture ou, pour les implémentations les moins intrusives (mais aussi les moins précises), au téléphone de l’assuré pour la collecte d’information, elle requiert l’installation d’un petit capteur à coller sur le pare-brise, en soulignant l’exigence d’une vue dégagée sur la route, ce qui laisse supposer qu’il intègre une caméra afin de remplir pleinement son office.

L’historique du modèle retenu présente l’avantage indéniable d’offrir un retour d'expérience, désormais public, sur, entre autres, son audience privilégiée, ce qui le rend attractif ou, au contraire, sur ce qui freine son adoption massive. En l’occurrence, la transparence sur les données enregistrées (visibles dans l’application mobile associée) constitue un impératif reconnu de longue date, tandis que le volet pédagogique, avec conseils concrets d’amélioration des pratiques, est perçu comme un plus bienvenu.

Accueil AutoConnexa

Cependant, parce que les mises en œuvre passées révèlent un plafonnement de la clientèle, avec une apparente impossibilité de conquérir les consommateurs au-delà d’une population séduite par la perspective d’économies sur les frais d’assurance, AutoConnexa tente une approche relativement nouvelle. Il s’agit donc de vanter les vertus environnementales dérivées d’un comportement moins dangereux sur la route, qui devraient résonner avec les préoccupations croissantes des consommateurs.

Comme sur les autres aspects de sa solution, la startup est plutôt avare de détails sur ces orientations. Idéalement, on peut imaginer un suivi en temps réel à la fois d'un score de sécurité (qui semble assorti de petits éléments ludiques, sous forme de badges), d'un impact estimé sur le budget du conducteur, non seulement d'assurance mais également de carburant, et d'une réduction de l'empreinte carbone, affichée de manière à être plus parlante que des kilogrammes d'équivalents CO2 trop abstraits.

Il restera à voir si les automobilistes se laissent convaincre par la combinaison. À tout le moins, félicitons AutoConnexa pour sa lucidité par rapport à une innovation dont les prédécesseurs lui ont montré les écueils qu'il lui fallait éviter. Ce n'est pas tous les jours que je vois une entreprise, petite ou grande, prendre en compte les leçons de l'histoire… alors que ce devrait être un passage obligé pour tout nouveau projet.

dimanche 22 février 2026

Le réassureur public face aux risques émergents

CCR
Pour la quatrième année consécutive, la Caisse Centrale de Réassurance – qui porte le régime public des catastrophes naturelles en France – publie son rapport d'activité. Celui-ci contient en particulier ses préconisations pour les évolutions à prévoir face aux risques émergents, qui semblent peu varier depuis l'édition précédente.

Alors que le changement climatique continue à accroître la fréquence et l'intensité des phénomènes que l'organisme est chargé de couvrir, son principal défi réside évidemment dans sa capacité à remplir sa mission à moyen et long terme. Sans surprise et de manière tout à fait légitime, le prévention et, dans une moindre mesure, l'adaptation figurent au cœur des réponses qu'il propose, à la fois dans une dimension collective mais également à travers les responsabilités individuelles.

Dans le premier registre, il est notamment question de réserver une part des ressources – basées sur la surprime obligatoire instaurée sur les assurances privées – à des actions d'anticipation, parmi lesquelles on peut inclure les efforts de cartographie nationale et le traitement spécifique des menaces de retrait-gonflement des argiles. Dans la seconde dimension, il s'agirait plutôt d'imposer des contraintes aux personnes et entreprises concernées, dans une logique de réglementation de la prévention.

Sont ainsi suggérés la définition d'une ensemble de dispositions obligatoires applicables selon les niveaux de dangerosité recensés par zone géographique ou la création de nouvelles exigences en matière de construction et de rénovation du bâti, plus particulièrement en lien avec la sécheresse. Sans que les modalités – entre autres coercitives – n'en soient précisées, CCR évoque en outre l'intégration de la réduction de vulnérabilité lors des réparations après sinistres (ou sur l'indemnisation ?).

CCR – Rapport 2025

Le volet stratégique des recommandations, quant à lui, aborde quelques thématiques essentielles, au-delà des seuls enjeux d'équilibre financier du régime des catastrophes naturelles – induisant naturellement des interrogations sur ses paramètres économiques, autant la maîtrise des charges et, par ricochet, les risques effectivement couverts que l'inéluctable progression des primes. C'est ainsi qu'apparaît cette année le nouveau problème (réel) du financement des biens immobiliers, que j'ai déjà effleuré ici.

Bien que circonscrite à son strict périmètre d'intervention, la vision qu'esquisse de la sorte CCR montre l'étendue des chantiers qui attendent l'univers de l'assurance avec le dérèglement climatique. Plus inquiétant encore est le stade embryonnaire où en sont les réflexions aujourd'hui, tel qu'il ressort des initiatives envisagées, entre études et analyses, pour la plupart sans véritable perspective sur des projets concrets.

Et je soupçonne que le panorama reste incomplet, oubliant par exemple de prendre en compte quelques facteurs de premier plan. Je pense entre autres, pour un aspect potentiellement positif, au rôle des technologies dans la prévention ou, à l'inverse, les impacts négatifs des transformations à venir sur les comportements. Par exemple, le renoncement à l'assurance – qui va prendre de l'ampleur avec l'augmentation des coûts et des contraintes – non seulement engendre de la précarité mais affecte aussi le financement du régime public. Il devient maintenant urgent de passer à l'action.

jeudi 19 février 2026

Atom réduit fortement ses émissions de CO2

Atom Bank
Engagée dans une démarche volontaire d'impact positif à l'horizon 2035, Atom Bank est fière d'annoncer la baisse drastique de ses émissions opérationnelles de gaz à effet de serre sur l'année écoulée, à hauteur de 22%. Mais, en parallèle, elle conteste les méthodes de mesure du poste le plus important et le plus discret de son diagnostic.

La performance réalisée par la jeune pousse – dans laquelle BBVA a investi de longue date – est évidemment digne d'éloges, surtout dans le contexte de la poursuite de son développement commercial, qui a vu, en particulier, son nombre de clients augmenter de 19% durant la période considérée. Mais, comme toujours, le plus intéressant réside dans les détails, à découvrir, en l'occurrence, dans son dernier rapport environnemental : quelles initiatives concrètes parviennent à produire de tels résultats ?

La réponse a cette question est plutôt décevante. En dehors de son acquisition de bois et forêts, en 2024, et d'une participation à un programme gouvernemental en faveur de la biodiversité, toutes deux relativement symboliques, Atom Bank n'a quasiment rien fait pour la réduction de son empreinte carbone ! Ainsi, dans le domaine des transports (déplacements travail-domicile et professionnels), qui représente la moitié du total, la situation n'a pas évolué, tout comme sur les équipements, lestés par le télétravail.

Le seul secteur dans lequel une diminution sensible est observée est donc celui des opérations, où les gains sont obtenus à la fois sur les achats, mieux maîtrisés, et sur les infrastructures informatiques. Alors que je soulignais il y a quelques mois le silence révélateur d'Arkéa sur ce sujet, la prouesse est notable. Elle mérite toute fois une réserve : la néo-banque n'a pas ajusté sa consommation de puissance de calcul, le surcroît d'efficacité enregistré est exclusivement celui de son fournisseur, Google.

Atom Bank

En revanche, ces évaluations n'intègrent pas les volumes les plus conséquents d'émissions, à savoir celles qui, au sein de ce qu'on nomme le « scope 3 », sont dérivées des investissements de l'établissement. Avec une estimation globale dépassant les 300 000 tonnes de CO2 sur douze mois, les 515 tonnes directement liées à son activité paraissent ridicules. Leur forte hausse, certes corrélée à la progression des ventes, explique pourquoi la communication est plus discrète sur ce terrain.

Cependant, Atom est probablement consciente qu'elle ne peut ignorer ce facteur, notamment dans ses ambitions de « neutralité ». Alors elle se laisse aller à l'exercice favori des négationnistes, consistant à contester les faits, ici les standards de calcul de la performance énergétique (EPC) conçus par une agence gourvenementale, qui s'appliquent aux propriétés financées par ses crédits hypothécaires. Selon une étude menée avec Experian et l'Université de Durham sur la consommation réelle d'énergie, les bâtiments classés D ou plus ne seraient guère moins efficaces que les autres.

Sans s'attarder sur l'apparente absurdité, qui va jusqu'à prétendre que les résidences notées F ou G seraient quasiment aussi exemplaires que celles bénéficiant d'un A, la banque appelle à une révision complète des normes en vigueur. Hélas, elle n'attend pas de comprendre les raisons d'une telle discordance, leur étude étant toujours en cours. Il y a pourtant des dizaines d'explications possible, dont les hypothèses du recours à des moyens de chauffage non mesurés par l'enquête (portant sur les compteurs d'énergie officiels) ou de familles vivant dans des conditions précaires par souci d'économies.

Au final, nous voici face à un cas insidieux d'éco-blanchiment. Derrière des chiffres étourdissants, il s'avère qu'Atom n'a pratiquement aucune responsabilité dans ses avancées, qui reflètent donc a contrario une inaction dramatique, et veut en outre faire disparaître artificiellement son principal problème d'impact environnemental. Il reste à espérer que les clients ne se laisseront pas berner longtemps par ce genre de comportements et apprendront à reconnaître les entreprises vraiment vertueuses.

mardi 27 janvier 2026

Une rénovation énergétique indolore ?

ABN AMRO
Comme tant d'autres propriétaires immobiliers dans le monde, une majorité de néerlandais aimeraient améliorer le bilan énergétique de leur bien… mais en sont empêchés par le coût des travaux à effectuer. Alors ABN AMRO propose à ses souscripteurs de crédit hypothécaire une solution complète qu'elle promet sans impact sur leur budget.

Je dois à la vérité de préciser d'emblée que la communication officielle ne me permet pas de comprendre entièrement les mécanismes mis en œuvre afin de respecter cet engagement. Quoi qu'il en soit, la démarche et le concept présentés ont largement de quoi inspirer les banques qui se préoccupent sincèrement de développement durable et d'accompagnement concret de leurs clients dans leurs efforts en la matière… tout autant que dans l'optimisation de leur bien-être financier et physique.

En pratique, l'offre « Beter Wonen » (soit « mieux vivre ») combine toutes les composantes nécessaires à la réalisation de travaux de rénovation de l'habitation. Grâce à des collaborations avec quelques acteurs spécialisés, les clients disposent auprès d'ABN AMRO d'un point de contact unique pour la planification, l'exécution et le suivi du chantier, la recherche des aides et subventions applicables, la constitution de tous les dossiers requis… et, naturellement, la souscription des financements.

L'objectif est donc de prendre par la main les personnes qui souhaitent renforcer l'isolation de leur maison, changer de système de chauffage, installer des panneaux photovoltaïques… et d'échafauder avec elles un projet qui, une fois tous les paramètres pris en compte, s'avère neutre – voire positif – pour leur budget. La recette n'a rien de magique, puisqu'il s'agit d'équilibrer les coûts avec les économies d'énergie générées, même si, bien entendu, elle ne fonctionne que pour une partie des candidats.

ABN AMRO – Beter Wonen

La cible principale de « Beter Wonen » se trouve majoritairement parmi les propriétaires de logements anciens mal isolés, auquel elle fournit un moyen indolore de réduire leur empreinte environnementale et, par ricochet, de relever sensiblement la valeur de leur bien sur le marché. Les primo-accédants peuvent toutefois aussi profiter de ses avantages, en mettant à la portée de leur porte-monnaie des résidences bon marché en raison d'un mauvais bilan énergétique qu'ils peuvent alors rénover.

Au-delà de sa simple approche extra-bancaire, qui continue à intéresser les institutions en recherche de diversification, l'initiative d'ABN AMRO est surtout exemplaire par sa logique fondamentalement axée non sur des produits financiers mais sur les attentes et la situation de ses clients. Ainsi, plutôt que d'appliquer une équation plus ou moins arbitraire sur leurs revenus, sa promesse porte sur l'intégration de leur « reste à vivre » dans l'évaluation de leur projet, ce qui déplace la priorité vers leur sérénité.

jeudi 1 janvier 2026

Trois vœux pour 2026

2026
L'année écoulée n'ayant pas été un millésime brillant pour l'innovation dans les services financiers, j'espère sincèrement que 2026 corrigera la tendance. Dans cette perspective, je formule trois vœux à l'intention de l'industrie : un pour mettre fin à une aberration, un pour un meilleur avenir et le dernier à la croisée de ces deux exigences contradictoires.

En finir avec la blockchain

Voilà une quinzaine d'années que la sécurisation décentralisée des opérations sur bitcoin a engendré le mirage d'une technologie capable de révolutionner la manière dont sont gérés les échanges financiers de toutes sortes (entre autres). Après tout ce temps, trop de responsables n'ont pas encore perçu le ridicule qu'il y avait à soutenir une promesse de décentralisation – de toutes manières dénaturée dans son implémentation, dans la plupart des cas – portée par une organisation elle-même centralisée.

Quand, en plus, la blockchain est placée au service de « monnaies digitales de banque centrale » ou de « stablecoins », le gaspillage d'énergie et de ressources atteint son comble. Plutôt que de défendre des chimères inventées par des technocrates (au sens étymologique), les porteurs de projet feraient certainement mieux de se pencher sur les véritables besoins des consommateurs et des entreprises… dont il pourrait être « intéressant » de commencer par les explorer et les analyser plutôt que les fantasmer.

Priorité à l'environnement

Le recul sur la responsabilité sociale et environnementale a été particulièrement marqué ces derniers mois, entre abandon de grandes initiatives internationales et restrictions budgétaires tous azimuts, il serait grand temps de la remettre au premier plan. Une telle relance serait en outre l'occasion de repenser les démarches sur le fond afin de ranger définitivement au placard les velléités permanentes d'éco-blanchiment et autres campagnes focalisées exclusivement sur la communication.

Je pense d'abord aux programmes internes des institutions financières, trop souvent focalisés sur des aspects sinon cosmétiques du moins secondaires, alors que la priorité devrait être accordée à l'efficacité énergétique, aujourd'hui directement menacée par l'explosion des applications de l'intelligence artificielle. D'autre part, l'accompagnement des clients requiert de dépasser le stade de l'information et de développer un conseil proactif personnalisé, qui leur manque cruellement… et constitue une opportunité.

Ramener l'IA sur terre

Dernier souhait, après la fièvre de l'IA qui a pris le monde entier, je rêve que 2026 signale le retour à la raison. Il faudra, pour ce faire, arrêter de croire que ces algorithmes parfois très bêtes sont capables de résoudre tous les problèmes et étudier minutieusement, pour chaque proposition d'usage et avant toute mise en œuvre d'ampleur (les expérimentations restant bien sûr utiles), les bénéfices réels que peut procurer l'intelligence artificielle par rapport aux solutions existantes.

L'équation économique comprendra évidemment les coûts, de conception et développement, bien sûr, mais aussi d'exploitation, même quand ceux-ci sont masqués (notamment dans les contrats nébuleux dont certains fournisseurs ont le secret), et sans oublier, naturellement, les impacts environnementaux, eux aussi enfouis dans les dossiers. À cette aune, les applications utiles de l'intelligence artificielle (surtout générative) deviendront beaucoup plus aisées à maîtriser, incidemment.

En espérant que ces vœux vous inspirent, je vous souhaite une belle année 2026, en espérant, dans tous les cas, qu'elle soit propice à l'innovation sous toutes ses formes !

2026

jeudi 18 décembre 2025

La bonne idée ratée de Ma Carto Climat

AMRAE
Face au désarroi de nombreux chefs d'entreprises quant à leur exposition aux risques climatiques, l'Association du Management des Risques et des Assurances des Entreprises (AMRAE), soutenue par des organismes publics, dont l'ADEME, propose un outil d'auto-diagnostic. Qui s'avère malheureusement consternant d'amateurisme.

Bien que simple, le principe à l'œuvre avec la plate-forme Ma Carto Climat représente une première approche utile pour les dirigeants, notamment de petites et moyennes structures, qui ne savent pas nécessairement par où commencer lorsqu'ils prennent conscience de l'impératif de s'inquiéter de l'avenir de leur firme dans un monde sujet à des catastrophes naturelles toujours plus fréquentes et plus destructrices.

Sa principale valeur réside dans l'énumération de toutes les dimensions du problème, de manière à fournir à l'utilisateur un aperçu exhaustif des points les plus critiques dans son contexte spécifique et, de la sorte, à l'orienter vers les actions prioritaires à engager afin de garantir la résilience de son entreprise. Sont donc prises en compte les différentes composantes d'une activité économique – matières premières, opérations, personnel, informatique, transports, ventes – et les aléas susceptibles de les affecter.

Dans chacun des registres énoncés et pour chacune des catégories d'événement considérées – forte chaleur, froid, feu de forêt, inondation, sécheresse, précipitations, vent, mouvement de terrain, déformation du sol –, il faut évaluer le degré de sensibilité de la zone d'implantation visée (y compris dans son évolution sur l'échéance d'analyse choisie), son impact potentiel pour l'établissement et le niveau de maîtrise de ce dernier, qui précise la maturité du plan de mitigation déjà élaboré, le cas échéant.

Une fois ses informations renseignées, le visiteur se voit proposer de télécharger un rapport complet qui, outre le détail des données qu'il a transmises, synthétise les éléments saillants de son diagnostic personnalisé et présente sous forme graphique les résultats obtenus. Il se conclut par une série de références à consulter pour aller plus loin, organisée dans un parcours type d'adaptation au dérèglement climatique.

Ma Carto Climat

Comme je le signalais d'emblée, l'objectif de la démarche est d'ouvrir les yeux des responsables sur les multiples axes à intégrer pour une mesure globale de leur situation, en leur demandant simplement de réaliser leur propre état des lieux. Naturellement, elle ne peut séduire que si elle est facile d'accès et ne requiert qu'un minimum d'efforts de la part d'individus qui ont tellement d'autres préoccupations en tête. Et c'est bien là où le bât blesse, en raison d'une conception apparemment bâclée du service.

Avec indulgence pour une suggestion passablement complexe à implémenter, passons sur l'absence totale de contextualisation, qui fait que, quel que soit votre secteur industriel (pourtant indiqué lors de l'inscription), vous serez amené à répondre à toutes les questions, certaines sans objet pour vous. Plus ennuyeux, vous devrez rechercher l'exposition aux aléas de votre lieu d'activité, aucun automatisme ne permettant de les récupérer à partir d'une adresse postale, alors que des sources publiques existent. Pire encore, vous devrez les ressaisir, à l'identique, pour chaque classe de processus !

Peut-être l'AMRAE a-t-elle mis en ligne une version beta de sa plate-forme et continue, en arrière-plan, à son enrichissement, à faire de l'expérience un incontournable pour les chefs d'entreprise sensibilisés aux risques climatiques. Je l'espère. Si ce n'est pas le cas, un autre acteur (un assureur, par exemple ?) pourrait-il s'emparer de l'idée et lui procurer la concrétisation qu'elle et que le sujet dans son ensemble méritent ?

mercredi 17 décembre 2025

Worldpay et les enjeux environnementaux du commerce

Ekko
Face aux initiatives dispersées autour de l'impact environnemental dans le commerce, le processeur global de paiements Worldpay déploie une collaboration avec le spécialiste Ekko afin de ramener la thématique dans son domaine naturel et, surtout, là où les parties prenantes ont réellement la possibilité d'agir : chez les marchands.

En dépit d'un reflux sensible depuis plusieurs mois, les consommateurs restent nombreux à vouloir prêter attention à l'empreinte carbone de leurs achats du quotidien. Or, aujourd'hui, les moyens dont ils disposent pour s'informer sont généralement fournis par de jeunes pousses dédiées ou par les banques ayant adopté leurs outils, ceux-ci établissant un bilan à partir d'une analyse des transactions effectuées… donc accessible (plus ou moins) longtemps après les emplettes correspondantes.

Avec l'irruption de Worldpay sur ce terrain, la préoccupation se rapproche de l'instant clé, puisque la technologie d'Ekko lui permet de proposer aux commerçants qu'elle équipe d'afficher directement sur leurs tickets de caisse une estimation du volume d'émissions de gaz à effet de serre du panier du client. Une option complémentaire suggère en outre à ce dernier de verser une petite contribution à un projet écologique… sans toutefois prétendre à une logique de compensation, qui serait totalement artificielle.

En sus de l'interaction immédiate avec les consommateurs, le dispositif offre également une excellente opportunité pour les marchands de s'impliquer concrètement dans les questions relatives aux changement climatique et de mettre en lumière le rôle qu'ils veulent jouer dans ce registre – selon Worldpay, une forte majorité semble estimer qu'il fait partie de leurs moteurs de croissance –, avec une option à la mise en œuvre extrêmement simple, puisqu'elle est entièrement prise en charge par leur fournisseur.

Ekko x Worldpay

Bien entendu, comme avec les autres solutions existantes (notamment dans les banques), je regrette que l'approche retenue reste largement passive, nonobstant la faculté de versement à une association, symbolique. Plus précisément, son intégration lors de la phase de paiement interdit toute anticipation et le seul partage d'un indicateur d'impact environnemental, qui risque par ailleurs de paraître abstrait aux non initiés, n'intéressera que les convaincus et ne les aidera guère à améliorer leur empreinte.

De toute évidence, l'étape suivante est du ressort des commerçants eux-mêmes. Armés de ce petit plus destiné à démontrer une certaine forme d'engagement, ils devront le compléter avec, par exemple, des mécanismes de sensibilisation, pour ceux qui ne se sentent pas concernés (ou de manière superficielle), et un accompagnement vers de meilleures pratiques, ne serait-ce qu'au sein de leur propre boutique. Je ne doute pas que Worldpay, moyennant une volonté de prolonger ses efforts et de s'aventurer hors de son cœur de métier, pourrait proposer quelques idées en la matière…

mercredi 3 décembre 2025

Zillow se rétracte sur le risque climatique

Zillow
L'initiative était trop belle pour durer… surtout dans l'Amérique de Trump. Il y a à peine plus d'un an, le leader des annonces immobilières en ligne Zillow ajoutait des informations de risque climatique à ses descriptions de propriétés. Sous la pression des agences, elles ont été retirées, laissant ainsi les acheteurs potentiels dans l'ignorance.

Fournies par le spécialiste First Street et élaborées à partir de modèles validés scientifiquement, les données dont il est question comprenaient cinq indicateurs de sensibilité aux inondations, aux incendies, au vent, à la chaleur et à la qualité de l'air, assortis de recommandations appropriées, notamment en termes d'assurance. À l'époque de la mise en place de cette rubrique environnementale, Zillow affirmait répondre de la sorte aux préoccupations de ses utilisateurs face au nombre important de résidences mises en vente exposées à l'un ou l'autre des aléas considérés.

Mais les professionnels du secteur n'ont pas apprécié et l'ont fait savoir, affirmant que l'affichage de ces informations leur faisait perdre une partie de leur chiffre d'affaires. La plate-forme a donc cédé et montre ainsi qui sont ses vrais clients, ceux dont il faut prendre soin. Ce ne sont pas les acquéreurs, qui devront désormais se contenter d'un lien discret en bas de page, grâce auquel ils pourront tout de même continuer à obtenir les mêmes renseignements indispensables, directement sur le site du fournisseur.

Pour la plupart des visiteurs, insuffisamment curieux, le retrait de la rubrique signifie qu'ils s'engageront dans un des actes les plus importants de leur existence, sans disposer de tous les éléments nécessaires à une prise de décision éclairée et rationnelle. Dans un contexte où le dérèglement du climat a des impacts toujours plus lourds et étendus, conduisant les assureurs à se retirer de régions entières, le rêve d'une vie a une probabilité croissante de devenir un cauchemar, sans filet de sécurité.

De manière générale, le choix de Zillow d'abandonner un outil essentiel pour la transparence des transactions est entaché de falsifications dont la thématique environnementale est coutumière. Il s'agit d'abord des tentatives des agences de discréditer les évaluations de First Street (par exemple en réfutant un danger d'inondation dans un lieu, sous prétexte qu'il n'en a pas connu depuis 40 ans). Les pertes de revenus elles-mêmes relèvent probablement de l'affabulation, le risque climatique n'étant qu'un critère parmi tant d'autres de modulation du prix d'un bien.

Ce triste épisode m'inspire deux réflexions, en plus de l'inconséquence de Zillow. D'une part, il s'inscrit dans une tendance de fond inquiétante, qui voit le « réalisme » économique reprendre l'avantage sur les exigences environnementales (mes guillemets visent à souligner que ce n'est qu'un mirage, surtout à long terme). Et ne nous y trompons pas : le désengagement est loin d'être confiné aux États-Unis. D'autre part, il prouve par l'absurde que, quoi qu'en pensent les réfractaires, l'approche réglementaire est le seul moyen de progresser dans certains domaines stratégiques.

Zillow

dimanche 23 novembre 2025

Sofinco finance MaPrimeRénov'

Sofinco
À l'issue d'un accord avec l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH), Sofinco devient le premier établissement officiellement mandaté pour le financement de MaPrimeRénov', le dispositif d'aide publique pour la rénovation du logement en France, sans lequel nombre de nos concitoyens renonceraient à engager des travaux indispensables.

Partie intégrante des moyens déployés en vue de tenir les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre du pays, le soutien financier aux efforts d'amélioration énergétique s'est imposé depuis plusieurs années, notamment chez les propriétaires de passoires thermiques. Véritable bouée de sauvetage pour les foyers les plus modestes possédant un bien souvent ancien et vétuste directement concerné, le parcours d'accès à la subvention s'avère malheureusement semé d'embûches.

Même sans revenir sur les aléas des décisions gouvernementales (ayant conduit à la suspension de sa distribution au cours de l'été), un défaut majeur de MaPrimeRénov' est son approche de remboursement d'une partie du montant de la facture. En principe, le donneur d'ordre est contraint d'avancer la totalité des frais, ce qui constitue un obstacle majeur. Afin de le surmonter, les entreprises proposent donc fréquemment de déduire la prime de leurs émoluments, celle-ci leur étant versée ultérieurement.

Le problème avec un tel montage, qui affecte d'ailleurs tous les bénéficiaires, est le délai de paiement. Alors que l'attribution de l'aide est déjà décidée, avant le lancement du chantier, le règlement de sa contribution par l'agence prend plusieurs mois, ce qui crée des difficultés de trésorerie pour les opérateurs qui la prennent à leur charge. Les artisans individuels et les petites structures ne peuvent se le permettre et perdent leur clientèle, tandis que les plus grosses mettent parfois leur viabilité en péril.

Sofinco – Éco-rénovons

C'est donc là qu'intervient Sofinco (Pro), qui va financer tous les dossiers éligibles (après contrôle) et portés par des entreprises certifiées RGE (« Reconnu Garant de l'Environnement »), qu'elles soient ou non partenaires de l'enseigne (celles-là pouvant offrir à leur clients des facilités de paiement sur la part qui leur échoit). En pratique, le montant de la subvention accordée leur sera versé par l'organisme financier, dans les conditions normales de facturation (je suppose), ce qui permet de la déduire du devis présenté au client sans se préoccuper des retards de l'administration.

La filiale de crédit à la consommation du Crédit Agricole assume ainsi le rôle que n'auraient jamais dû avoir à jouer les acteurs de la rénovation de l'habitat. Se pose toutefois la question de savoir qui paiera le service (un crédit n'est jamais gratuit). Les artisans, qui auraient alors une simple option d'affacturage sur une créance très spécifique ? Ou l'ANAH, qui accepteraient de payer pour compenser ses délais de traitement ? Dans les deux hypothèses, est-il vraiment normal de faire appel à une institution financière pour pallier les déficience internes d'une agence étatique ?

samedi 27 septembre 2025

Barclays s'inquiète des risques naturels

Barclays
Quand les institutions financières se préoccupent de l'environnement, elles se concentrent généralement sur les émissions de gaz à effet de serre. Néanmoins, elles commencent maintenant à appréhender les impacts financiers des risques naturels, ce qui conduit Barclays à dévoiler et partager sa méthodologie d'analyse… en construction.

Avec son périmètre restreint à deux secteurs au sein de l'espace européen – minier, d'une part, et énergétique, d'autre part, sur un échantillon d'une trentaine d'entreprises d'un côté (pour 250 sites) et d'une quarantaine de l'autre (pour 9 000 installations) –, l'exercice menée par la banque britannique s'apparente plus à un pilote qu'à une étude finalisée. Ceci explique bien entendu pourquoi ses résultats sont publiés, en espérant que d'autres reprennent le flambeau en vue de l'enrichir, sinon le compléter.

À travers le prisme adopté, de l'identification des conséquences des risques évalués sur la performance des investissements, on pourrait craindre une perspective tronquée, écartant notamment toute mesure de la contribution des industries considérées – et, par extension de la chaîne de responsabilité, des établissements qui les financent – à la dégradation des écosystèmes. Heureusement, même si ce n'est pas le but visé, les différents angles d'exploration retenus, plutôt exhaustifs, peuvent couvrir cet aspect.

Ainsi, bien que les critères primaires pris en compte soient les sécheresses et les inondations, qui affectent directement les implantations, ils sont accompagnés d'une série de facteurs dits de transition. Outre l'altération de conditions opérationnelles, ceux-là reflètent aussi les changements sociétaux susceptibles de toucher les activités. Il s'agira par exemple des politiques de gestion de l'eau, particulièrement critiques, des réglementations sur la pollution ou de l'émergence de l'économie circulaire.

Barclays – Nature-Related Financial Risks

La première conclusion que retient Barclays n'est pas très encourageante. En effet, il s'avère que, pour une analyse précise, à l'échelle du site géographique, les données accessibles sont parcellaires, rarement cohérentes, ce qui limite la capacité à garantir des mesures exactes et donc des estimations d'impact fiables. Des métriques et des protocoles standardisés seront rapidement nécessaires pour améliorer la situation. Malgré tout, les informations disponibles produisent des ordres de grandeur utiles.

En effet, les auteurs soulignent que les scénarios envisagés, sur les deux secteurs de référence, révèlent des corrections significatives sur les rendements. D'autre part, ils admettent clairement que les enjeux relatifs à la nature et au climat sont étroitement liés et que, pour cette raison, il doivent être abordés en alignement les uns avec les autres. S'ensuit une recommandation à l'engagement et à la collaboration, dans l'industrie et au-delà, en vue de progresser sur le sujet. C'est tout ?

On aurait espéré que Barclays, forte de ses évaluations, commence à définir un plan d'action, en concertation avec les entreprises concernées, de manière à réduire les risques qu'elle a identifiés. Sa démarche laissée, de la sorte, inaboutie, en espérant qu'elle soit poursuivie par d'autres, s'avère finalement un peu consternante : des menaces, relativement bien circonscrites, pèsent sur ses bénéfices à moyen terme – sans parler de son image – et elle attend que d'autres prennent le relais ?

mardi 5 août 2025

Google régule sa consommation électrique

Google
Étant un des grands fournisseurs mondiaux de capacités d'intelligence artificielle, Google est confronté à l'immense problème de leur consommation énergétique. Fidèle à son habitude d'optimisation, la firme commence donc à déployer des mécanismes sophistiqués afin d'ajuster au mieux ses besoins aux contraintes de ses fournisseurs.

Le contexte le plus propice à la mise en œuvre de ce nouveau dispositif est celui de l'atteinte des limites de capacité à l'occasion de pics de consommation (par exemple en période de grand froid et son impact sur la demande de chauffage) : les centres de production informatique concernés, directement reliés aux systèmes des distributeurs d'électricité et donc informés en temps réel, sont alors configurés pour reporter ultérieurement l'exécution de tâches considérées comme moins prioritaires.

Le premier cas d'usage implémenté par Google, déjà activé trois fois dans une de ses installations aux États-Unis, concerne le traitement des vidéos téléchargées sur YouTube, mises en attente pendant que le moteur de recherche et le service de cartographie continuent à fonctionner au plus haut niveau de performance. Logiquement, des réflexions sont maintenant engagées pour décliner le principe sur les opérations d'apprentissage automatique et d'entrainement de l'IA, particulièrement gourmandes.

Google – Flexible Data Center

Les avantages d'une telle architecture sont multiples. Il s'agit d'abord de soulager la pression exercée sur les réseaux de transport, en offrant à leurs opérateurs une meilleure visibilité sur la consommation maximale possible, ce qui leur permet de mieux s'organiser – en termes de production ou de liaisons entre usines, notamment – et, en conséquence, d'accélérer le déploiement de raccordements supplémentaires.

Vient ensuite, naturellement, l'argument environnemental : les énergies renouvelables étant pour la plupart intermittentes, la faculté de choisir les moments d'une partie de la charge autorise non seulement de réduire le recours à des sources polluantes lors des pointes mais également, avec les « bons » paramètres de sélectionner les intervalles de temps durant lesquels les centrales solaires ou éoliennes tournent à plein régime. Le coût pourrait aussi entrer en ligne de compte, si les tarifs sont modulés au fil de l'eau.

Si, bien sûr, l'électricité la plus verte est celle qui n'est pas nécessaire, la tendance actuelle à l'explosion des besoins impose de rechercher des moyens d'en minimiser l'impact. Comme toujours, Google propose une idée qui mériterait d'être répliquée dans toutes les industries grandes utilisatrices d'informatique… dont les institutions financières. Elles pourraient ainsi commencer à réfléchir sur leurs fonctions réellement essentielles et envisager de piloter les autres selon les impératifs énergétiques.

lundi 7 juillet 2025

Où sont les garde-fous de l'IA ?

BBVA
Les institutions financières (voire les entreprises en général) se laissent toutes séduire, progressivement, par les promesses de l'intelligence artificielle et déploient des plates-formes destinées à augmenter la productivité de leurs employés. Mais mettent-elles en place toutes les protections nécessaires contre les dérives et autres excès ?

Pour cette réflexion, je prends prétexte d'une annonce de BBVA, qui commence à mettre à la disposition de ses quelques 100 000 collaborateurs les outils d'IA de Google (Gemini et NotebookLM), qui viennent enrichir les solutions constituant son socle bureautique depuis plus d'une décennie. L'objectif est de faciliter et accélérer la recherche d'information, la production de résumés de texte, la rédaction de brouillons de messages, de documents, d'images, de vidéos, la prise de note durant les réunions…

Dans une approche prudente qui n'est pas systématique dans le secteur, la banque espagnole pose des conditions à l'utilisation de ces nouvelles options : le salarié devra d'abord impérativement suivre une formation avant d'être autorisé à y accéder. Le programme « AI Express » lui inculquera quelques notions essentielles pour un usage non seulement efficace mais également sécurisé et responsable, répondant notamment aux exigences réglementaires de protection des données sensibles et d'éthique.

Cette première précaution, élémentaire, devrait être universelle. Mes propres observations sur le terrain montrent, par exemple, que, autant certaines personnes peuvent réellement gagner un temps précieux (et s'épargner des tâches relativement rébarbatives) grâce à une application judicieuse et une parfaite maîtrise de l'IA, autant d'autres ne prennent pas suffisamment de recul pour se rendre compte que leurs tentatives sont stériles et rendent la vie plus difficile, à eux-mêmes et leurs collègues.

BBVA – IA

Mais, dans tous les cas, il est une considération qui n'est pas évoquée : la rentabilité. À aucun moment, et je ne vois pas que BBVA fasse mieux en la matière, les employés ne sont-ils confrontés au coût de leurs requêtes en regard des gains qu'ils peuvent en tirer. Et la même lacune me semble exister à l'échelle de l'organisation dans son ensemble : quelqu'un vérifie-t-il si les dépenses engendrées sont réellement justifiées par les gains réalisés ? La définition des métriques serait déjà un exercice complexe.

La question n'est pas anodine car la facture peut prendre rapidement des proportions inquiétantes, à la fois en terme financiers et d'impact environnemental, à un moment de l'histoire où l'empreinte du numérique est en pleine explosion en raison justement de la popularité de l'intelligence artificielle. Au-delà de la sécurité et de l'éthique, il faudra donc enseigner aux collaborateurs comment exploiter les outils à bon escient, quand leur bénéfice est mesurable, et éviter que leur recours ne devienne un réflexe bête.

En appui d'une telle résolution, et afin de maintenir l'attention de chacun sur ces enjeux critiques, je propose de mettre en place un mécanisme de sensibilisation permanent. Il s'agirait de fournir à chaque utilisateur un aperçu du coût de leurs interactions avec l'IA, au niveau de chacune d'entre elles et en vision synthétique, par exemple à travers un récapitulatif hebdomadaire ou mensuel, en donnant des équivalences, en particulier sur le volet environnemental, de manière à rendre les chiffres plus concrets.

dimanche 15 juin 2025

Réinventer l'assurance du risque climatique

Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan
Il était temps ! Alors que tous les observateurs et les assureurs alertent depuis quelque temps sur l'émergence d'une ère dans laquelle le changement climatique rend progressivement certains risques impossibles à couvrir, le Haut-Commissariat français à la Stratégie et au Plan publie enfin un rapport proposant des pistes de réponse.

Le problème est désormais bien connu et impossible à ignorer plus longtemps. L'augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques exceptionnels (qui ne le sont plus vraiment) ou la montée des eaux dans les océans, et les conséquences des inondations, sécheresses, ouragans, avalanches et autres effondrements qu'elles entraînent sur les biens immobiliers et les véhicules induit une hausse insupportable du coût des sinistres, mettant à mal le principe de mutualisation de l'assurance.

L'hexagone dispose certes d'un mécanisme spécifique aux catastrophes naturelles, inclus obligatoirement dans toutes les polices (habitation et automobile), qui garantit leur prise en charge équitable. Il montre pourtant ses limites, dès aujourd'hui, entre risques non couverts (le déplacement des lignes de côte, par exemple) et menace sur son équilibre financier, en passant par les incertitudes qu'il laisse dans certains cas et les inégalités territoriales persistantes face à l'assurance (notamment en outre-mer).

Les solutions – ou plutôt les palliatifs – envisageables sont limitées. D'une part, la prévention doit prendre une place prépondérante dans la gestion publique et privée de la crise climatique. D'autre part, il faudra assumer des dépenses supplémentaires sur la réparation des dommages et celles-ci atteindront des niveaux tels que se pose la question de sa répartition égalitaire, entre autres au regard des zones plus ou moins à risque, du statut de propriétaire ou de locataire, des situations de précarité…

Repenser la Mutualisation des Risques Climatiques

Afin de répondre à ces enjeux, les trois autrices du rapport suggèrent trois scénarios plus ou moins ambitieux, qu'il est en outre probablement possible de déployer par paliers, en fonction de l'évolution des menaces. Articulés autour de différents degrés de mutualisation, ils sont essentiellement centrés sur le rôle plus ou moins important de l'état, ce qui, incidemment, correspond aux attentes des assureurs exprimant leur préoccupation vis-à-vis de leur incapacité prévisible à répondre aux besoins.

Au premier stade, l'intervention minimale consiste pour les pouvoirs publics à imposer quelques contraintes aux compagnies, en termes d'obligation de garanties sur une partie des risques climatiques, qu'ils complèteraient en se positionnant en réassureur. L'étape d'après étend cette approche initiale à l'ensemble du périmètre, avec une prise en charge directe de la sécheresse et une politique proactive d'adaptation de l'habitat (subventions des travaux, primes à la sortie de zones dangereuses…).

La dernière hypothèse imagine une démarche universelle et unifiée, sous l'entière responsabilité de l'état et financée par un programme de cotisations (dont la distribution entre les contribuables resterait à préciser), consacrée à la fois à la réparation et à la prévention. Malheureusement, en l'absence de toute projection budgétaire (qui devrait commencer par une estimation des coûts du changement climatique), il est difficile d'émettre un quelconque avis sur la faisabilité et la viabilité d'une telle hypothèse.

Ce travail d'analyse et ses conclusions sont sur la table. Un gouvernement aura-t-il le courage de faire les choix qui s'imposent et d'y affecter les moyens nécessaires… ou laissera-t-il les citoyens affronter seuls une crise de l'assurance inéluctable ?