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mercredi 20 mai 2026

La blockchain impose des compromis

Banque d'Angleterre
Voilà plus de 10 ans que la blockchain, popularisée par son implémentation avec le bitcoin, fait rêver des décideurs crédules du secteur financier. La Banque d'Angleterre en est ainsi encore à organiser des défis d'innovation pour dégager le vrai du faux. Mais ses dernières conclusions identifient (enfin !) quelques-uns de ses défauts.

Dans un monde rationnel, on imaginerait qu'une décennie de débats, d'études, d'expérimentations… sans résultats probants suffirait à abandonner une idée, aussi prometteuse soit-elle à sa naissance. Mais non. Spécialement dans le domaine de la compensation des échanges de gros qui intéresse ici l'institution britannique, les responsables s'acharnent, en voulant croire que la technologie progresse rapidement et qu'elle sauvera le concept. Pas de chance, c'est bien ce dernier qui est déficient.

C'est, en tous cas, ce que révèle ce énième rapport d'analyse, élaboré à partir des réponses de la petite dizaine de participants au « DLT Innovation Challenge » aux demandes de recherche approfondie formulées sur quatre axes complémentaires, centraux pour l'évaluation des capacités de la blockchain à « gérer les transactions et la compensation entre intervenants via un registre externalisé programmable, sans mécanisme de confiance natif et sur lequel la banque centrale n'a aucun contrôle ».

Parmi les caractéristiques évaluées, la première concerne les qualités fondamentales du concept, à savoir la faculté de combiner finalité (la certitude qu'une transaction est définitivement et irréversiblement validée), résilience (grâce à la distribution de l'information) et rapidité d'exécution. Sans surprise, les conclusions confirment que, si des solutions existents pour optimiser l'une d'elles, elles impliquent obligatoirement des concessions sur les autres. Aucune n'est parfaite sans perte de confiance.

Bank of England – DLT Innovation Challenge

Par ailleurs, l'analyse sur la dimension de la montée en charge (c'est-à-dire la possibilité de traiter des volumes croissants sans baisse de performance) montre également qu'elle ne peut être garantie que moyennant la mise en place d'appareillages complémentaires complexes et néfastes aux exigences précédentes. En résumé, la blockchain n'est pas en mesure de satisfaire les besoins élémentaires du cas d'usage envisagé… et requiert des contorsions coûteuses et fragiles pour en remplir ne serait-ce qu'une partie.

Quelle découverte ! Il existe depuis au moins 40 ans une loi qui établit qu'il est impossible d'avoir simultanément résilience, fiabilité et rapidité dans un système de base de données. Rien n'a encore été inventé qui la rendrait caduque, tout au plus des options, vendues à prix d'or, en repoussent-elles un peu les limites. Ceux qui prétendent que la blockchain parvient à briser cet axiome (et j'en entendais encore un récemment l'affirmer devant une audience de banquiers) devraient se taire face aux faits.

jeudi 1 janvier 2026

Trois vœux pour 2026

2026
L'année écoulée n'ayant pas été un millésime brillant pour l'innovation dans les services financiers, j'espère sincèrement que 2026 corrigera la tendance. Dans cette perspective, je formule trois vœux à l'intention de l'industrie : un pour mettre fin à une aberration, un pour un meilleur avenir et le dernier à la croisée de ces deux exigences contradictoires.

En finir avec la blockchain

Voilà une quinzaine d'années que la sécurisation décentralisée des opérations sur bitcoin a engendré le mirage d'une technologie capable de révolutionner la manière dont sont gérés les échanges financiers de toutes sortes (entre autres). Après tout ce temps, trop de responsables n'ont pas encore perçu le ridicule qu'il y avait à soutenir une promesse de décentralisation – de toutes manières dénaturée dans son implémentation, dans la plupart des cas – portée par une organisation elle-même centralisée.

Quand, en plus, la blockchain est placée au service de « monnaies digitales de banque centrale » ou de « stablecoins », le gaspillage d'énergie et de ressources atteint son comble. Plutôt que de défendre des chimères inventées par des technocrates (au sens étymologique), les porteurs de projet feraient certainement mieux de se pencher sur les véritables besoins des consommateurs et des entreprises… dont il pourrait être « intéressant » de commencer par les explorer et les analyser plutôt que les fantasmer.

Priorité à l'environnement

Le recul sur la responsabilité sociale et environnementale a été particulièrement marqué ces derniers mois, entre abandon de grandes initiatives internationales et restrictions budgétaires tous azimuts, il serait grand temps de la remettre au premier plan. Une telle relance serait en outre l'occasion de repenser les démarches sur le fond afin de ranger définitivement au placard les velléités permanentes d'éco-blanchiment et autres campagnes focalisées exclusivement sur la communication.

Je pense d'abord aux programmes internes des institutions financières, trop souvent focalisés sur des aspects sinon cosmétiques du moins secondaires, alors que la priorité devrait être accordée à l'efficacité énergétique, aujourd'hui directement menacée par l'explosion des applications de l'intelligence artificielle. D'autre part, l'accompagnement des clients requiert de dépasser le stade de l'information et de développer un conseil proactif personnalisé, qui leur manque cruellement… et constitue une opportunité.

Ramener l'IA sur terre

Dernier souhait, après la fièvre de l'IA qui a pris le monde entier, je rêve que 2026 signale le retour à la raison. Il faudra, pour ce faire, arrêter de croire que ces algorithmes parfois très bêtes sont capables de résoudre tous les problèmes et étudier minutieusement, pour chaque proposition d'usage et avant toute mise en œuvre d'ampleur (les expérimentations restant bien sûr utiles), les bénéfices réels que peut procurer l'intelligence artificielle par rapport aux solutions existantes.

L'équation économique comprendra évidemment les coûts, de conception et développement, bien sûr, mais aussi d'exploitation, même quand ceux-ci sont masqués (notamment dans les contrats nébuleux dont certains fournisseurs ont le secret), et sans oublier, naturellement, les impacts environnementaux, eux aussi enfouis dans les dossiers. À cette aune, les applications utiles de l'intelligence artificielle (surtout générative) deviendront beaucoup plus aisées à maîtriser, incidemment.

En espérant que ces vœux vous inspirent, je vous souhaite une belle année 2026, en espérant, dans tous les cas, qu'elle soit propice à l'innovation sous toutes ses formes !

2026

vendredi 19 septembre 2025

Les illusions absurdes des monnaies digitales

DBS
À nouvelle expérimentation avec une monnaie « digitale », en l'occurrence celle de DBS Hong Kong au sein du programme e-HKD de l'autorité monétaire locale, nouvelle occasion de consternation : la valeur démontrée paraît si absurdement dérisoire qu'on se demande qui peut croire aux discours triomphateurs accompagnant l'annonce.

Nous voici donc devant un projet pilote, apparemment organisé en champ clos, donc sans même quelques cobayes pour donner un peu de réalité aux résultats, qui promet de capitaliser sur la « tokénisation » (je cherche toujours un équivalent français) et la programmabilité du dollar virtuel pour optimiser le fonctionnement d'un système de bons d'achat spécialisés. Pour la démonstration, ces derniers sont émis par la plate-forme dédiée ZERO2, en contrepartie d'actions en faveur de l'environnement.

Ces récompenses comportent une limitation, supposée justifier les efforts déployés : elles ne peuvent être utilisées que pour des emplettes dans des commerces pré-déterminés (partenaires de l'opération). Le mécanisme mis en œuvre consiste donc à restreindre les transactions possibles avec les e-HKD distribués dans ce cadre (contrairement à ceux, identiques, qui seraient accessibles sous forme générique), grâce à un de ces contrats intelligents qui font tant rêver les passionnés de blockchain.

Or ce genre de capacité de filtrage de l'acceptation existe depuis des années sur le plus populaire des instruments de paiement traditionnels. Des centaines d'établissements à travers le monde entier – banques historiques et jeunes pousses confondues – en font la promotion dans leurs offres de cartes à destination des enfants ou des salariés d'entreprises, notamment. Et, dans tous ces cas, la spécification des autorisations accordées est en outre déléguée de manière plus ou moins sélective.

Si les responsables de ces initiatives tiennent vraiment à évaluer les mérites des monnaies « digitales », ils devraient se pencher en priorité sur des bénéfices inédits, sur des cas d'usage irréalisables avec les moyens universellement disponibles aujourd'hui, qui ont fait leurs preuves. Pourquoi chercher à défendre une innovation technologique si elle ne procure aucun avantage dans ses usages ? Pourquoi investir des budgets conséquents dans des tests répliquant ce que nous savons déjà faire ?

Une décennie plus tard, la blockchain et sa déclinaison sur les euros, dollars, livres sterling, yuans… continuent de projeter un mirage auprès de décideurs qui choisissent d'ignorer le principe élémentaire d'une innovation réussie : la focalisation sur ses applications et ses utilisateurs (ou clients) plutôt que sur l'ingénierie de sa conception. Des ressources considérables sont malheureusement gaspillées à poursuivre des chimères faute de commencer par la bonne question : quel est le besoin ?

e-HKD Pilot Programme

dimanche 20 juillet 2025

Coinbase rêve aussi de super app

Coinbase
Il y a quelques jours, le spécialiste des cryptomonnaies Coinbase présentait sa prochaine révolution : derrière le changement de nom de son porte-monnaie mobile en « Base », son ambition est désormais de développer une « super app », à la manière des dragons chinois. Aura-t-elle plus de succès que les tentatives similaires récentes ?

Décidément, personne ne semble vouloir admettre que le concept venu de l'empire du milieu – avec sa star WeChat, née dans un contexte bien particulier, impossible à répliquer aujourd'hui – n'a pas d'avenir dans les écosystèmes mobiles de 2025. Le rêve d'atteindre le même niveau de succès, en visant une échelle mondiale tant qu'à faire, continue donc à séduire les dirigeants des grandes entreprises technologiques… surtout quand ils s'échinent à trouver de nouvelles opportunités de croissance.

Telle est la situation dans laquelle se trouve maintenant Coinbase, avec une audience solide pour sa plate-forme d'échanges et sa solution de conservation de cryptoactifs mais qu'il devient difficile de mieux rentabiliser à travers ces seules activités. Alors la jeune pousse propose des services supplémentaires, de manière à démultiplier les occasions de transactions pour les utilisateurs existants et, dans la mesure du possible, attirer une clientèle additionnelle moins sensible à l'univers du bitcoin et consorts.

L'option retenue ressemble à s'y méprendre à son modèle, combinant un outil de paiement, un module de gestion d'identité, un réseau social et un socle ouvert pour la création de mini-apps en tout genre. L'objectif est, évidemment, de convaincre les adeptes de rester dans l'application pour toutes leurs interactions, avec leurs proches ou avec les fournisseurs des jeux ou autres produits dont ils ont besoin, en recourant au moyen de paiement intégré, avec une garantie inédite de protection de la vie privée.

Coinbase – A New. Day One

Techniquement, l'ensemble repose sur la « blockchain » propriétaire de Coinbase (elle-même baptisée « Base », pour entretenir la confusion ?) et chacune de ses composantes est conçue pour répondre à des besoins avérés. Ainsi, par exemple, la gestion d'identité adopte une approche décentralisée à l'état de l'art, permettant de limiter le partage et la diffusion de données sensibles, tandis que le système de paiement supporterait les cryptomonnaies mais aussi le « stable coin » USDC (via Apple Pay), évitant aux personnes réticentes d'avoir à créer un compte dédié.

Ces caractéristiques suffiront-elles à transformer l'essai ou l'initiative est-elle vouée à l'échec comme les précédentes ? Il n'est pas exclu que la communauté « crypto », y compris au-delà de la base de clients de Coinbase, se laisse conquérir par les arguments qui résonnent avec les motivations principales des tenants de monnaies alternatives. Mais il sera tout de même difficile d'embarquer les indifférents dans l'aventure, pour qui les promesses de « Base » se heurtent à une concurrence bien installée, que ce soit dans le domaine des réseaux sociaux ou de l'identité numérique.

vendredi 23 août 2024

Le mirage de la blockchain perdure

DBS
Si l'emballement généralisé pour la blockchain et ses pseudo-miracles s'est fait plus discret depuis plusieurs mois, il s'avère que les projets – toujours aussi absurdes – n'en continuent pas moins de s'épanouir, comme en témoigne la dernière expérimentation en date de DBS, organisée dans le cadre du projet Orchid du régulateur singapourien.

Comme aux plus grandes heures de la mythologie des origines, l'initiative de la banque recycle un cas d'usage maintes fois abordé – sous différents angles – et ses supposés bénéfices… dont on imaginerait que, après plus de dix ans de promesses non tenues et de démonstrations de leur vacuité, ils aient enfin été abandonnés. En l'occurrence, le test portait cette fois sur le versement « automatique » de subventions gouvernementales à 27 jeunes pousses locales de la FinTech.

En résumé, ce sont donc une poignée de virements dont la banque a – « grâce à la blockchain » et ses capacités de « contrats intelligents » – orchestré le déclenchement à partir d'un certain nombre d'événements externes (tels que la validation de dossier, l'accord de paiement, la disponibilité des fonds…) sans aucune intervention humaine, autorisant de la sorte une réactivité inédite, dans une transparence totale, l'ensemble du processus étant documenté (et, apparemment, accessible aux intéressés).

Présenté comme une véritable rupture majeure, le scénario proposé paraît pourtant ridicule. En effet, le premier outil de robotisation de processus (RPA) venu, de ceux qui prolifèrent aujourd'hui dans toutes les entreprises, voire une simple macro Excel ou un logiciel du genre d'IFTTT, est en mesure de l'exécuter avec la même efficacité, sans nécessiter la mise en œuvre de technologies coûteuses (à l'installation comme à l'utilisation) ni de quelconques compétences spécialisées. Quant à la visibilité des actions, elle relève évidemment d'une décision politique, pas d'un outil.

Naturellement, on peut se contenter de sourire face à ces farces, en se disant qu'il n'est pas bien grave pour de grands groupes aux moyens considérables de s'égarer parfois dans des opérations sans avenir. Malheureusement, dans un contexte de resserrement des budgets de l'innovation et de repli massif vis-à-vis de concepts émergents, leurs conséquences peuvent se révéler plus importantes et durables qu'il n'y paraît a priori. Et le constat est d'autant plus amer s'agissant d'un établissement tel que DBS.

Historiquement en pointe de l'industrie, la banque s'est assagie depuis quelque temps et – qu'il existe ou non une corrélation entre les deux phénomènes – doit aujourd'hui affronter un indispensable effort de modernisation sur son cœur de métier. Dans ses conditions, ses errements autour de la blockchain sont particulièrement délétères, mobilisant des ressources qui seraient mieux employées à de vraies transformations, au service de ses clients (et de leur bien-être financier, par exemple).

Dans un autre registre, l'entêtement marqué à rechercher de la valeur dans une tendance qui n'en recèle finalement aucune – alors que deux des premières règles à respecter dans des aventures incertaines, que, manifestement, DBS oublie, consistent, d'une part, à définir des critères de succès objectifs et, d'autre part, à savoir s'arrêter « à temps » – risque également de constituer un facteur de régression supplémentaire dans les stratégies d'innovation, en renforçant le scepticisme et le conservatisme.

Project Orchid

vendredi 12 avril 2024

Quand la politique prime sur l'expertise…

Gouvernement Français
Un article de l'Agefi nous apprend que la secrétaire d'état au numérique, Marina Ferrari, déclarait à l'occasion de la Paris Blockchain Week que les institutions financières françaises et européennes n'avancent pas assez vite à son goût sur la blockchain. Et illustre ainsi tristement pourquoi une expertise technique minimale est désormais essentielle dans la gouvernance des entreprises… et de l'état.

Mon propos ne concerne pas tant le manque de clairvoyance qu'exprime la responsable quant au potentiel réel du concept en question, qui a longtemps fait illusion et continue à avoir ses adeptes (comme en témoigne l'événement qui rassemblait, paraît-il, 10 000 participants, sur une thématique toutefois élargie), que sa méconnaissance de son évolution dans le secteur financier au cours de la décennie écoulée, ayant abouti à moult déconvenues et, pour finir, à l'admission quasi généralisée de sa vacuité.

À un niveau caricatural caractéristique de l'univers politique, Marina Ferrari, qui n'a, apparemment, aucune formation ni expérience touchant de près ou de loin à l'informatique, cède au réflexe naturel du candide séduit par des idées présentées comme révolutionnaires, sans être en mesure d'y exercer son esprit critique. Elle succombe de la sorte aux sirènes de la blockchain mais aussi du web3, de l'intelligence artificielle… quitte à disperser les efforts et les budgets à un point d'inefficacité totale.

Marina Ferrari à la Paris Blockchain Week

Si j'aborde ce sujet ici, c'est parce que la situation est identique dans les grands groupes de la finance. Bien que le contrôle des dépenses ait tendance à limiter les dérives dans le temps, le phénomène d'émerveillement joue pleinement dans leurs choix stratégiques, avec les investissements correspondants, parfois démesurés. Raison pour laquelle les récentes résolutions de la BCE en matière de compétences « digitales » dans les instances dirigeantes sont salutaires et donc indispensables.

Dans des organisations où règne habituellement une prudence excessive, celle-ci devrait aussi être déployée face aux modes technologiques qui déferlent dorénavant à un rythme soutenu. Dans ce domaine comme dans n'importe quel autre, plus les promesses sont alléchantes, plus il faut les considérer avec précaution. Il peut toujours être utile de lancer quelques expérimentations mais il est impératif de réaliser une analyse objective et contradictoire, à 360°, avant tout engagement massif. À défaut, tout est prioritaire et les vraies opportunités finiront quand même par être manquées.

dimanche 28 janvier 2024

IA (et cryptomonnaies) : le défi énergétique

IEA
Dans son rapport de situation et de tendances pour 2024, l'Agence Internationale de l'Énergie s'inquiète de la contribution des centres de production informatiques à la croissance attendue de la consommation d'électricité dans le monde. Elle pointe notamment du doigt les impacts de l'intelligence artificielle et des cryptomonnaies.

La part des services « digitaux » s'élèverait à ce jour à 2% de la demande globale à l'échelle mondiale, à 4% aux États-Unis et en Europe – où les capacités se concentrent autour des capitales financières (Londres, Paris, Francfort…) – … et à 17% en Irlande, avec sa fiscalité attractive pour les multinationales. Ces taux sont voués à continuer à augmenter, avec des projections suggérant une progression de la consommation de 35 à 130% (jusqu'à atteindre un tiers du total en Irlande) d'ici à 2026.

Parmi les principaux facteurs de hausse des besoins, l'IEA souligne l'engouement suscité par l'IA. Elle illustre son propos avec un exemple éclairant : si les 9 milliards de recherches effectuées quotidiennement avec le moteur de Google se reportaient sur ChatGPT, elles engloutiraient un surcroît d'énergie de 10 TWh, soit plus de 2% de ce qu'absorbent aujourd'hui tous les serveurs de la planète. Et les prédictions de ventes de Nvidia (fournisseur n°1 du domaine) s'orientent clairement dans cette direction.

L'autre coupable désigné est donc l'univers des cryptodevises, qui, actuellement, représenterait déjà 0,4% de la demande générale. Malgré les efforts consentis par certaines applications telles qu'Ethereum (et qui dénaturent son fonctionnement, selon moi), les perspectives sont également pessimistes dans cette industrie, avec une recrudescence prévue de 40%, essentiellement en raison de la multiplication des instruments déployés, annulant les gains d'efficacité obtenus par ailleurs.

IEA – Electricity 2024

Que faire afin de renverser la tendance ? Une première piste consisterait à améliorer la performance énergétique des centres de production. Quand on découvre que 40% de leur consommation est convertie en puissance de calcul, la même proportion étant consacrée au refroidissement et les 20% restant à des équipements divers, il existe là une réserve d'optimisation évidente (pour mémoire les infrastructures de Google limitent les déperditions à environ 10%… loin de cette moyenne de 150%).

Deuxième possibilité, qui provoque fréquemment une sorte de réflexe (entre autres chez les crypto-fanatiques), il s'agirait d'encourager le recours à des sources renouvelables pour ces utilisations. En réalité, cette solution est un leurre, puisque, d'une part, elle devrait se décliner sur tous les usages et, d'autre part, elle ne change rien à l'équilibre global, tant qu'une partie (conséquente) reste issue de combustibles fossiles.

Enfin, à l'écart des propositions de l'IEA, la dernière idée à explorer, en particulier dans les institutions financières, grosses consommatrices d'informatique, tournerait autour d'une logique de rationalisation. Outre les démarches, utiles mais marginales, d'éco-conception logicielle, il devient probablement indispensable d'anticiper l'impact environnemental des projets – encore plus ceux impliquant l'IA – avant leur lancement et intégrer celui-ci dans les critères de faisabilité et de retour sur investissement. Il faudra alors apprendre à renoncer quand le bilan estimé s'avère calamiteux.

jeudi 7 décembre 2023

Primex lance le trading crypto en service

Primex
À la conjonction de deux tendances importantes de ces dernières années, la jeune pousse Primex Finance propose une plate-forme de trading de crypto-actifs à intégrer au cœur de leurs offres aux institutions financières désireuses de s'aventurer sur un terrain encore incertain sans devoir engager des investissements conséquents.

Répliquant ce qui existe depuis longtemps dans les paiements et se répand progressivement dans tous les compartiments du secteur financier, la nouvelle solution expose une grande partie des fonctions de l’entreprise sous forme d’API. Ses clients peuvent alors les ajouter dans leur catalogue, en toute transparence, par exemple sous forme de service additionnel dans leurs applications web et mobile, ou bien en insinuer de manière presque invisible les éléments au sein de leurs processus.

Afin d’apporter un maximum de souplesse à ses partenaires, Primex décline son offre en deux variantes, plus ou moins complètes. La plus basique permet d’embarquer uniquement les capacités d’achat-vente de cryptomonnaies dans un environnement tiers, les opérations étant alors entièrement prises en charge par la startup. Pour les adeptes recherchant plus d’autonomie, la seconde inclut la totalité de la chaîne de valeur, avec, entre autres, la gestion du livre d’ordres, un robot animateur de marché…

Une troisième option, plutôt à usage interne, autorise aussi le pilotage de liquidité, grâce, entre autres, à un automate capable d’exécuter des stratégies complexes. Naturellement, tous les composants s’accompagnent d’une garantie de conformité réglementaire, en l’occurrence, Primex étant basée en Lettonie, via un alignement avec le texte européen MiCA, qui doit entrer en vigueur à la fin de l’année prochaine.

Primex for Institutions

Alors que, pour les produits traditionnels, la distribution en services répond d'abord à un objectif de simplification de l'expérience utilisateur, la cible est ici différente, au moins en partie. En effet, outre l'accès à des opportunités originales autour des cryptomonnaies (via des mécanismes de prêts à l'investissement, notamment), il peut s'agir pour les établissements traditionnels de mettre un pied ou de lancer une expérimentation dans cet univers, sans prendre de risques et à moindre coût, de manière, par exemple, à satisfaire les besoins d'une frange de clientèle demandeuse de ce genre d'outils.

En tout état de cause, voilà une brique supplémentaire dans la galaxie des domaines de la finance conquis par une approche « enfouie », qui démontre au passage que les cas d'usage ne sont pas uniformes et sont susceptibles de couvrir des contextes très différents, y compris au niveau d'un même fournisseur (quand, comme Primex, il déploie plusieurs variantes de sa solution). Et encore, celui-ci ne s'adresse-t-il, pour l'instant, qu'à un segment étroit de banques, courtiers et autres intermédiaires.

mercredi 13 septembre 2023

Le bitcoin n'est pas une monnaie

Bitcoin
Il y a deux ans, le Salvador annonçait son projet controversé de faire du bitcoin une monnaie à valeur légale à l'intérieur de ses frontières, en complément du dollar américain, afin de lutter contre l'exclusion financière. Les statistiques d'usage sont incomplètes mais il semblerait que la population ne soit pas aussi enthousiaste que son président.

L'idée d'origine ne manquait pourtant ni d'ambition ni d'un certain bon sens. Face aux coûts exorbitants des mouvements d'argent transfrontaliers traditionnels qui constituent un des piliers de l'économie locale, comme dans tant de pays émergents, l'utilisation d'un support nativement numérique autorisant des transferts sans intermédiaires, quasiment gratuits, apparaissait naturellement comme une solution attractive.

En outre, la mise en place d'un porte-monnaie mobile, baptisé Chivo, permettant aux utilisateurs de réaliser toutes les opérations élémentaires avec leur argent (conservation, paiement, encaissement, retraits d'espèce, change…) représentait un facteur extrêmement important de (début de) bancarisation – dont on sait combien elle influe sur l'émancipation financière – dans un pays où seules 3 personnes sur 10 ont un compte.

Mais si les responsables de la plate-forme et les dirigeants politiques ont jusqu'à maintenant affirmé que l'initiative était un succès, plusieurs indicateurs récents suscitent des doutes, entre une enquête indépendante révélant que 71% des Salvadoriens ne perçoivent aucun bénéfice pour leur situation et, surtout, une mesure selon laquelle à peine 1% des échanges internationaux des particuliers passent par Chivo.

Salvador & Bitcoin

Les réticences à l'adoption, probablement amplifiées depuis quelques mois, ne sont guère surprenantes alors que la valeur de la cryptodevise a chuté de près de moitié depuis son « intronisation » officielle. De manière plus générale, les consommateurs, même dépourvus d'éducation financière approfondie, observent la volatilité de leurs avoirs, y compris durant le temps que prend l'exécution d'une transaction, et comprennent alors très rapidement son impact direct sur leur vie quotidienne.

Le fond du problème est que, aujourd'hui, le bitcoin n'est pas une monnaie, en dépit de ses prétentions historiques. La majorité de ses adeptes et activistes l'a dorénavant transformé en un instrument largement spéculatif qui le rend aussi impropre à un usage pour des paiements courants que les devises fiduciaires qui perdent la confiance générale. Incidemment, il s'agit souvent d'une circonstance dans laquelle les habitants se tournent vers le refuge du dollar américain, il est donc paradoxal qu'un président ait cru pouvoir créer une transition inverse sur un socle exposant la même fragilité.

samedi 12 août 2023

PayPal rêve son avenir dans le web3

PayPal USD
Il y a un quart de siècle, PayPal créait un système de paiement pour la première génération de l'internet marchand. Aujourd'hui rattrapé, voire dépassé, par la concurrence, le pionnier tente de se projeter vers ce qui est annoncé comme la prochaine révolution des expériences en ligne. Mais que peut-il apporter de nouveau ou d'original dans le web3 ?

Tandis que l'étau réglementaire se resserre aux États-Unis sur les initiatives relevant de cryptomonnaies sous toutes leurs formes, PayPal surprend un peu en choisissant de lancer la sienne. En l'occurrence, comme il se doit, d'une certaine manière, pour une entreprise désormais bien établie de la finance (presque une institution !), il s'agira d'un « stablecoin » adossé au dollar, c'est-à-dire un instrument à la valeur alignée sur celle du billet vert et garanti par des dépôts liquides équivalents au volume en circulation.

Mais à quoi pourra donc servir ce PayPal USD et, surtout, quels bénéfices peut-il offrir aux utilisateurs de la plate-forme qui a pour ainsi dire inventé le porte-monnaie virtuel et a construit son succès sur les mouvements électroniques de fonds ? De ce point de vue, la communication officielle résonne d'une façon étrange : réaliser des échanges directs entre individus y compris à l'étranger, régler des achats sur les e-boutiques dans n'importe quelle devise, acquérir des cryptomonnaies parmi celles qui sont prises en charge…

Voilà exactement la promesse historique de PayPal, qui n'avait jamais, jusqu'à maintenant, nécessité l'introduction d'un support spécifique, les dollars, euros, livres sterling et autres fonctionnant parfaitement pour ce genre d'opérations. La principale différence est le surcroît de complexité – entre autres par les exigences de conversion qu'il entraîne – et les risques de confusion – pour les millions de consommateurs qui n'ont aucune connaissance des principes sous-jacents – que représente le crypto-dollar.

PayPal Stablecoin

Dans le registre des vraies spécificités, il restera tout au plus une vague possibilité supplémentaire et l'opportunité qui l'accompagne. Présentée comme la faculté de transférer librement les PayPal USD vers tout portefeuille externe compatible (pour autant qu'elle soit plus performante qu'avec une monnaie fiduciaire classique), elle constituerait notamment le point d'entrée de l'ex-trublion dans l'univers « crypto-digital » du web3.

La réalisation d'une telle ambition se heurtera cependant à un obstacle de taille : il faudra d'abord que ces écosystèmes émergents acceptent d'intégrer l'instrument proposé par PayPal et, surtout, que ce dernier se démarque parmi les innombrables options qui se développent actuellement afin de conquérir un territoire vierge perçu comme un eldorado. Je ne suis pas sûr que son positionnement joue en sa faveur dans cette course.

Naturellement, il est indispensable pour PayPal de penser à son avenir, en particulier dans le paysage en pleine évolution du web, des paiements et, plus généralement, de l'argent. Incidemment, les banques traditionnelles devraient en faire de même. En revanche, l'approche retenue, finalement assez conventionnelle et dépourvue d'imagination, montre combien les mutations en cours sont difficiles à appréhender pour les héritiers du siècle précédent, même lorsqu'ils ont été les disrupteurs de leur époque.

mercredi 17 mai 2023

Les cryptomonnaies relèvent du jeu de hasard

UK Parliament
Voilà un rapport qui va certainement irriter quelques fanatiques des cryptomonnaies : à la suite d'une enquête publique lancée l'été dernier, la commission (transpartisane) dédiée à la finance du parlement britannique enjoint le gouvernement de réguler leurs échanges (trading) comme les jeux d'argent, avec un sérieux argumentaire à l'appui.

Derrière l'initiative des élus, il faut voir une certaine inquiétude, voire un début de panique, face à l'évaluation qui fait état de 10% de la population adulte détenant ou ayant détenu des cryptoactifs, dont ils supposent – vraisemblablement à juste titre – qu'une fraction non négligeable n'en comprend pas totalement le fonctionnement et les dangers. S'ensuit un réquisitoire féroce, mais finalement assez juste, destiné à convaincre les lecteurs de l'urgence d'encadrer le sujet, qui plus est hors du domaine financier.

Précisons d'emblée que ne sont ciblés ici que les supports, tels que le bitcoin ou l'ether, qui ne s'appuient sur aucun actif sous-jacent et n'ont donc aucune valeur intrinsèque. Le premier constat dressé est celui d'un risque excessif pour l'investisseur, la volatilité automatiquement induite par cette absence d'ancrage conduisant potentiellement à des pertes extrêmes. En considérant que, en outre, ces instruments n'ont pas la moindre utilité sociale, qu'ils tendent à être gourmands en énergie et qu'ils constituent un outil de prédilection pour la criminalité, tout concourt à les appréhender sans ménagement.

UK Parliament – Cryptocurrency trading report

En conséquence, les membres du comité recommandent donc de traiter le trading de cryptomonnaies de la même manière que les jeux d'argent, avec lesquels ils ont plusieurs points communs, dont, en particulier, le côté aléatoire des gains et pertes à espérer. En contrepoint, ils insistent sur l'effet de « halo » qu'aurait son inscription dans une réglementation l'apparentant à un service financier, susceptible de créer une fausse impression dans le grand public que ce type d'activité est sous contrôle et sécurisé.

Enfin, en complément, les parlementaires, qui affirment toutefois rester ouverts aux éventuelles opportunités d'usages des fondations technologiques (la blockchain) ou d'autres formes d'actifs numériques, somment le gouvernement de ne pas engager de projets en la matière sans identifier au préalable un objectif bénéfique clair. Le cas spécifique de l'émission d'un NFT (jeton non fongible) par la Monnaie Royale (abandonnée entre temps) est explicitement cité en exemple à ne pas reproduire.

Pour conclure, quand la présidente de la commission résume la position défendue, elle évoque la nécessité de protéger les consommateurs, en leur faisant prendre conscience, par tous les moyens possibles, que l'achat de cryptomonnaies implique le danger de perdre la totalité des sommes « misées ». Sous cette perspective, d'aucuns seront tentés de rétorquer que bien d'autres produits financiers, pourtant communément distribués (et pas toujours avec les précautions souhaitables), mériteraient la même qualification…

mardi 21 mars 2023

Le ridicule ne tue pas (les banques)

NAB
Combien de temps faudra-t-il encore endurer ces manifestations d'auto-satisfaction des banques – aujourd'hui l'australienne NAB – autour de leurs expérimentations sur la blockchain, qui, d'une part, ne seront jamais déployées et, d'autre part, reflètent plus la situation désastreuse de leurs opérations internes qu'une quelconque valeur d'innovation ?

Ce serait une première mondiale (j'ai pourtant une impression de déjà vu, mais ce n'est pas le sujet) : NAB se félicite d'avoir effectué avec succès une transaction transfrontalière et multi-devises, mais sans sortir du groupe, en « stablecoin » (c'est-à-dire une monnaie virtuelle directement liée à une devise officielle), enregistrée sur la blockchain publique Ethereum. Un exploit qui permettrait d'envisager un avenir dans lequel les délais de mouvements d'argent seraient comptés en minutes et non plus en jours !

Wow ! Dites-moi que je ne rêve pas. En 2023, il serait enfin devenu possible d'enregistrer une poignée d'écritures dans une base de données, avec une opération de change multiplication intermédiaire, en moins d'une heure ? Comme toujours avec les mythes et légendes de la blockchain (pléonasme), le niveau de la prouesse technologique est absolument consternant. Mais, à travers une petite analyse détaillée (et objective) des tenants et aboutissants de l'initiative, on continue à s'enfoncer dans le ridicule.

Prenez les promesses de transparence, d'accessibilité et de montée en charge. La première ne tient qu'à la volonté de la banque, surtout que les clients dont les fonds sont transférés n'ont que faire de ce qui est inscrit dans une blockchain : seul ce qui est effectivement porté sur leurs comptes traditionnels les intéresse. Passons sur la deuxième qui n'a guère de sens, il reste la troisième, qui, sans vergogne, contredit frontalement l'inconvénient numéro un de cette technologie par rapport aux systèmes classiques.

A NAB first with stablecoin

Il faudrait encore évoquer cette manie des expérimentations dont tout le monde sait qu'elles n'aboutiront jamais à une mise en production. Quelques individus se font plaisir avec ces concepts à la mode mais ils ne se sont jamais inquiétés des contraintes d'une éventuelle industrialisation. Or le premier obstacle sera celui de l'acceptation – par les juristes, par le département de conformité, par le patron de l'informatique… par la direction générale… – d'une rupture radicale dans des processus hautement sensibles.

En revanche, si les mêmes individus profitaient de l'opportunité pour mettre en exergue les limitations existantes, à savoir celles qui induisent des décalages de plusieurs jours dans les échanges, il trouveraient certainement matière à imaginer des solutions beaucoup plus efficaces et beaucoup moins anxiogènes afin de les lever. Car l'enjeu ne devrait jamais être d'essayer à tout prix de plaquer une technologie sur un problème mais d'étudier celui-ci en profondeur de manière à lui apporter une réponse optimale.

Voilà bientôt une décennie que les institutions financières s'escriment à prouver la capacité (magique) de la blockchain à résoudre toutes leurs faiblesses… sans jamais la concrétiser. Il serait tout de même temps de comprendre que les processus hérités d'un autre âge constituent la principale cause de frictions dans le secteur et que ce ne sont pas quelques gadgets technologiques qui aideront à les adapter à l'ère « digitale ».

samedi 18 mars 2023

NatWest, la lutte anti-fraude sans discernement

NatWest
Voilà un exemple typique d'initiative bancaire génératrice de frustrations en dépit de ses bonnes intentions : parce que la fraude autour des cryptomonnaies croît exponentiellement, la britannique NatWest annonce qu'elle instaure unilatéralement des plafonds sur les transferts de ses clients vers les plates-formes de change spécialisées.

Bien sûr, il n'est pas question de nier le problème identifié ni de réfuter la pertinence pour une institution financière de chercher à protéger les consommateurs. Pour le seul Royaume-Uni, les arnaques aux monnaies virtuelles auraient coûté plus de 300 millions de livres à la population l'an dernier, en progression entre autres en raison de l'augmentation du coût de la vie qui suscite des comportements quasi désespérés, les hommes de plus de 35 ans étant les plus exposés parce que moins sensibles au risque.

En revanche la méthode retenue en guise de réponse aux menaces mérite largement la critique. Le principe est résolument basique : les mouvements vers les services d'achat de cryptomonnaies (considérant que les escroqueries sont très souvent exécutées à travers les sites légitimes, donc connus) sont limités – assez arbitrairement – à 1 000 livres par jour et 5 000 livres sur 30 jours glissants. Soit de quoi à la fois irriter les adeptes du bitcoin et consorts et laisser quand même sur la paille les victimes les plus fragiles…

L'absence de tout discernement dans une mesure de précaution aux enjeux aussi importants est tout simplement catastrophique. Les techniques modernes d'analyse de données, saupoudrées d'un minimum de bon sens, permettraient pourtant certainement de proposer une approche personnalisée beaucoup plus satisfaisante pour tous les utilisateurs. À commencer, par exemple, par la prise en compte des habitudes récentes de l'intéressé, afin de déterminer s'il est familier des transactions en cryptomonnaies.

On peut évidemment soupçonner NatWest, peut-être pas de mauvaise foi, mais à tout le moins d'une certaine désinvolture vis-à-vis de ces instruments qui sortent de son champ de compétence et lui font plus ou moins concurrence. Après tout, que lui importent les personnes qui investissent dans ce domaine… si ce n'est pour se donner bonne conscience et flatter son image sur la place. Hélas, les mêmes travers existent dans tous les compartiments des activités financières, avec les mêmes conséquences.

Ainsi, le mois dernier, à l'occasion de la Saint Valentin, toutes les banques alertaient leurs visiteurs sur les dangers des fausses romances en ligne (sans toutefois imposer de bloquage particulier sur les virements, qui aurait peut-être eu une portée excessive…). Et c'est tout ! Ne serait-il donc pas envisageable de détecter les signes avant-coureur d'une fraude ? Et même si les prédictions ne sont pas fiables à 100%, ne mériteraient-elles pas un petit avertissement préalable, avant de perdre une somme aussi faible soit-elle ?

Les grands groupes de la finance se piquent d'apprentissage automatique et d'intelligence artificielle, et vantent notamment leurs qualités dans la lutte contre la fraude (c'est-à-dire celle qui les impacte)… Pourquoi ne les déclinent-ils pas aussi sur l'accompagnement des consommateurs dans leur propre défense contre les malversations qui les affectent eux seuls ? Parce que de telles applications sont impossibles… ou bien, plus tristement, parce que leurs clients ne figurent toujours pas au centre de leurs préoccupations ?

NatWest Limits Crypto Payments
Image par PIRO (via Pixabay)

samedi 31 décembre 2022

2022, un retour sur terre ?

2022
Quelques heures avant d'entamer une nouvelle année et de tenter (demain ?) d'y projeter une série de tendances positives, je vous invite à revenir une dernière fois sur 2022… et ses déconvenues, ses ratés et autres échecs, en espérant que le ménage ainsi fait laisse la place à un retour indispensable vers plus d'innovation productive et efficace.

Commençons par un constat générique, à propos des valorisations astronomiques de la FinTech – ou, du moins, de ses stars les plus en vue. Elles ont commencé à subir des corrections sévères, dont il n'est en outre pas certain qu'elles soient terminées, soulignant un début de désaffection de la part des investisseurs. Le mouvement n'a toutefois rien de très inquiétant, pour l'instant, dans la mesure où il constitue un contrecoup d'excès passés, en voie de résorption, et non le signe d'une chute brutale imminente.

Parmi les principales victimes de ce retournement de conjoncture, le paiement fractionné et/ou différé mérite une mention spéciale. Après une explosion, notamment à la faveur de la crise sanitaire, il se trouve aujourd'hui à une jonction extrêmement dangereuse, entre des besoins croissants de la part de consommateurs dont la situation fragilisée accroît les risques de défaut et l'augmentation du coût de l'argent dû à la remontée des taux d'intérêt. Une période difficile s'ouvre pour les nouveaux entrants.

Dans un registre différent, les métavers ont probablement été l'étoile filante de 2022. Une frénésie incontrôlable s'est emparée de toutes sortes d'entreprises, dans le secteur financier et ailleurs, à la suite du pari qu'a lancé Mark Zuckerberg sur Facebook en en faisant Meta. Prédictions choc, expérimentations, implantations virtuelles…, l'avenir était écrit et il allait être révolutionnaire. Arrivés en décembre, les esprits se sont calmés faute d'intérêt des consommateurs et la vision s'est éloignée… d'au moins 10 ans.

Dans le même périmètre, il semblerait que les cryptoactifs aient également perdu de leur lustre au cours des 12 derniers mois. Il n'est pas dit qu'il s'agit d'une mode passagère vouée à disparaître irrémédiablement, mais une évolution vers un concept d'actifs numériques, débarrassé des illusions sur la blockchain, pourrait se dessiner. En parallèle, les cryptomonnaies souffrent aussi, entre baisse vertigineuse des cours (de près des deux tiers pour bitcoin et ether) et scandales en tout genre ruinant la confiance.

Je terminerai enfin cette énumération (qui ne se veut certainement pas exhaustive) avec les premières capitulations autour des usages de la technologie de la blockchain par les institutions financières, suivies peut-être (j'espère) de la prise de conscience de l'absurdité des promesses qui lui sont attachées par des « experts » qui ne comprennent pas vraiment de quoi ils parlent. Si de nombreux projets se poursuivent, il est rassurant d'observer le net ralentissement des nouvelles initiatives et des allocations de budget.

Dans l'ensemble, 2022 aura donc été une année d'assainissement généralisé pour l'industrie, justifié en partie par les efforts de rationalisation engagés en prévision d'une crise qui ne dit pas son nom, incidemment. Avec un peu de chance (et de prise de recul), les ressources libérées de la sorte pourraient être utilement consacrés à des chantiers autrement plus critiques et urgents, notamment au service (réel) des clients.

Coucher de soleil

dimanche 20 novembre 2022

ASX tire un trait sur la blockchain

ASX
Lancé avant la grande vague de surexcitation pour la blockchain, alors que, je dois l'avouer, je croyais encore à ses promesses idylliques, le projet de remplacement du système de compensation de la bourse australienne est finalement abandonné [PDF], laissant une ardoise d'environ 250 millions de dollars et quelques dommages collatéraux.

En 2015, entre son infrastructure logicielle vieillissante et l'utopie montante des registres distribués, ASX devenait, avec Digital Asset, son partenaire technologique dans l'opération, la star de la modernité avec son choix d'adopter une solution révolutionnaire qui devait lui faire effectuer un bond quantique en matière d'efficacité et de maîtrise des coûts. Les doutes exprimés alors par une poignée de fâcheux, sur la faisabilité de la transition et la réalité de ses bénéfices potentiels, étaient écartés sans remords.

Sept ans plus tard (quand l'agenda initial tablait sur un délai d'environ cinq ans), rien n'a été déployé et un audit a été commandité, auprès d'Accenture, afin d'évaluer la viabilité de la nouvelle application. D'emblée, l'état des lieux fait ressortir un taux de complétion de 63% pour l'ensemble des exigences fonctionnelles et non fonctionnelles (le développement et les tests étant a priori quasi finalisés), assorti, malheureusement, d'une incertitude majeure quant à la possibilité d'atteindre une issue satisfaisante.

Si on écarte un éventuel conflit d'intérêt – ou, à tout le moins, un biais – du prestataire retenu pour l'étude (en tant que défenseur de la blockchain et de ses usages), qui se traduit notamment par une mise en exergue des difficultés de gouvernance, les raisons fournies pour expliquer ce fiasco font tout de même état d'une complexité extrême de la plate-forme globale, en particulier au niveau de l'intégration entre les couches d'interface et le registre sous-jacent, menaçant, entre autres, sa performance et son exploitabilité.

ASX – CHESS Replacement

Mais est-il raisonnable de « découvrir » ces risques aussi tard dans le projet ? Faut-il se satisfaire du commentaire d'Helen Lofthouse, PDG d'ASX, qui estime que l'expérience procure des enseignements qui resteront utiles pour l'avenir ? Suffit-il de nommer un nouveau directeur de programme afin d'effacer les erreurs commises ? Ou bien serait-il nécessaire, en priorité, de revisiter entièrement les mécanismes internes, les processus de décision, la culture d'entreprise… qui ont abouti à une telle inconséquence ?

Le plus tragique dans l'affaire est le retard pris dans la modernisation du système existant. Bien que celui-ci soit dorénavant qualifié de robuste et capable de remplir parfaitement son rôle pour longtemps, il a aujourd'hui sept ans de plus que lorsque, en justification de son retrait, il était présenté comme obsolète et peu adapté aux attentes des marchés « digitalisés ». L'idée de patienter encore cinq ans avant de passer à une autre génération de logiciel devrait sérieusement inquiéter ses utilisateurs.

Naturellement, on ne compte plus, dans le secteur financier comme ailleurs, les chantiers pharaoniques qui s'achèvent sur un désastre et des millions partis en fumée. Cependant, celui d'ASX se distingue tristement par le caractère d'innovation qu'il possédait dès son origine à travers le recours à une technologie résolument immature (surtout en 2015). Dans ces conditions, prolonger pendant plusieurs années ce qui n'aurait dû rester qu'une expérimentation relève incontestablement de la faute stratégique inexcusable.

mardi 1 novembre 2022

DBS expérimente l'argent programmable

DBS
Si le concept de « monnaie digitale de banque centrale » (CBDC pour l'acronyme en anglais) s'impose désormais au cœur des réflexions de nombreux états dans le monde, les explorations en la matière restent souvent à un niveau abstrait, bien loin de toute application pratique convaincante. Ce n'est pas le cas du Projet Orchidée de Singapour.

Plutôt que d'engager, comme on l'observe hélas trop souvent, des tests puérils et stériles, consistant à vérifier que des mouvements fictifs de fonds sont correctement enregistrés dans les bases de données (ceux qui ont si peu confiance dans la technologie feraient mieux de s'en tenir aux pièces et aux billets !), l'autorité monétaire singapourienne a confié à DBS une des premières expérimentations de son dollar numérique, dans un cadre limité mais opérationnel, sur un scénario réel et vraiment différenciateur.

En l'occurrence, l'opération a pour but d'évaluer sur le terrain les bénéfices potentiels de l'instrument avec un dispositif de bons d'achat ciblés gouvernementaux, dans la même logique que celle qui prévaut chez nous dans l'attribution d'aides spécifiques (par exemple sur les dépenses de carburant) face à la flambée des prix. Ce premier pilote, dont la durée prévue est de quatre semaines, concerne un millier de consommateurs et six enseignes populaires (restaurants et cafés, particulièrement affectés par la crise).

La promesse sous-jacente à la tentative de « digitalisation » avancée des coupons, alors qu'ils sont déjà largement exploités, y compris dans un format électronique, est de profiter de la capacité inédite de programmer les usages de l'argent distribué grâce à des contrats intelligents, de manière à éliminer dès son émission toutes les tracasseries administratives habituellement liées à ces outils (et la charge de travail qu'elles représentent pour les entreprises) tout en évitant les délais de remboursement.

Project Orchid Singapore

Au-delà du périmètre retenu pour l'expérimentation de DBS, la perspective envisagée s'étend à toutes les opportunités d'attribution d'argent dans un objectif précis. Plus précisément, l'idée est de procurer à un payeur la faculté de définir – moyennant la création et le déploiement d'un algorithme ad hoc, à sa main – les obligations et contraintes qui régissent la destination des sommes qu'il envoie. Les subventions publiques, mais aussi les donations à des associations ou certains paiements (tels que ceux des assureurs), fournissent quelques options de mise en œuvre possibles.

Les « monnaies digitales de banque centrale » suscitent autant de scepticisme que de curiosité parmi ses multiples parties prenantes. Étonnamment, rares sont aujourd'hui les initiatives qui cherchent à démontrer en conditions réelles les avantages que leur prêtent facilement leurs défenseurs… sur le papier. La démarche de DBS en est une et, si elle est correctement menée, elle pourrait être riche d'enseignements, entre autres sur la véritable faisabilité de ce principe de programmation de l'argent, dont chacun connait (ou devrait connaître) maintenant les dangers s'il n'est pas parfaitement maîtrisé.

dimanche 7 août 2022

Un GAB pour le métavers

Transak
Outre le monde virtuel ouvert persistant qui en est un peu la vitrine, le concept de métavers intègre également, en principe, le recours à des cryptomonnaies comme base des échanges commerciaux. Afin de simplifier l'accès à ces dernières, jusqu'à aujourd'hui réservé à des initiés, Transak imagine une émulation d'automate bancaire dédiée.

En cible, l'idée fondamentale de la jeune pousse consiste à reproduire, aussi fidèlement que possible pour inspirer confiance, l'expérience d'un voyageur débarquant dans un pays étranger, ce qui est, d'une certaine manière, la réalité des métavers, et désirant convertir une partie de son argent en devise locale pour profiter des attractions disponibles. Selon cette logique, le visiteur se rend au premier distributeur venu et change la somme de son choix, qu'il conserve alors précieusement dans son portefeuille.

Dans la pratique, il faudra rapidement déchanter car il semblerait que, dans l'immédiat, seule une version pilote soit installée, dans Decentraland, retenu pour cette première implémentation. Les « retraits » ne sont donc pas réalisés dans l'environnement virtuel mais renvoient vers un site web indépendant, ce qui nuit sérieusement à la fluidité du parcours. La suite sera à l'avenant, car le respect des exigences réglementaires conduit en outre à imposer un processus de connaissance client lors de la première opération.

Après cette étape, qui est similaire à une véritable ouverture de compte bancaire, y compris dans sa durée, estimée à 15 minutes, il devient possible d'acheter et vendre bitcoins, ethers… et, bien sûr, MANAs prêts à dépenser dans Decentraland, en contrepartie d'un règlement par carte, par virement interbancaire (notamment les transferts instantanés SEPA et britanniques) ou encore par quelques moyens de paiement nationaux. Heureusement, Transak prévoit de réduire ces quelques frictions, à terme.

Transak ATM

En attendant, la startup entend prendre rapidement une position visible, sinon hégémonique, sur son créneau. Dans cette optique, elle propose à tous les propriétaires de terrain virtuel d'y déployer un de ses automates, moyennant le reversement d'une partie des commissions perçues sur les transactions. L'objectif est évidemment de faire de la marque un point d'entrée plus ou moins standard, par son omniprésence et, dans l'idéal, par sa notoriété, dans l'univers des cryptomonnaies et du « web3 ».

Bien que le raisonnement sous-jacent soit plein de bon sens, je trouve la démarche de Transak assez dérangeante. En effet, sous prétexte de familiarité des usages, elle réplique, comme tant d'autres, les mécanismes d'intermédiation (multiples, en l'occurrence) existants et les adapte à un nouveau contexte, avec les modèles économiques correspondants (voir notamment les niveaux de commissions prélevées sur le GAB), dont les promoteurs vantent pourtant la décentralisation et ses vertus.

Le fait est que, en l'état, le métavers, dans son approche puriste, est probablement beaucoup trop complexe pour monsieur- ou madame-tout-le-monde. Le temps que la facilité de prise en main soit suffisante pour que des habitudes aient une chance de se prendre à grande échelle (par exemple avec la déclinaison sensiblement dénaturée qu'envisage de construire et distribuer Meta), la vision utopique des origines risque de n'être plus qu'un lointain souvenir, au grand dam des libertaires de tout poil.

lundi 4 juillet 2022

Au fait, notre blockchain ne servait à rien

MonetaGo
En 2014, MonetaGo, comme d'innombrables jeunes pousses à la même époque, surfait sur les promesses mirobolantes de la blockchain pour le développement de sa solution de protection contre la fraude sur le financement des échanges commerciaux (« trade finance »). Aujourd'hui, elle revient à des technologies plus classiques.

Avec sa plate-forme, l'entreprise vise à détecter et éliminer une des catégories de malversations les plus courantes du domaine, à savoir les demandes de crédit multiples pour une même opération, réelle ou fictive, auprès de différents établissements, ignorant naturellement ce que font leurs concurrents. La riposte qu'elle propose relève de l'évidence, puisqu'il s'agit de créer un référentiel partagé des dossiers pris en charge que chaque participant peut consulter pour contrôle avant de conclure un contrat.

Le principe est très populaire pour toutes les problématiques similaires, où la mise à disposition d'information à une communauté permet de mieux repérer les indélicatesses. Sa seule vraie complexité réside dans la nécessité de protéger la confidentialité des données sensibles, passant ici par le recours à une empreinte codée. Il est proche de celui qui régit les applications de gestion de la traçabilité, dans lesquelles une signature unique est créée pour chaque produit, autorisant son suivi au fil de ses mouvements.

Or, donc, MonetaGo expose quelques-unes des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre technique de son projet, reposant initialement sur le socle Hyperledger (de la fondation Linux) avant de basculer sur celui de R3, favori (ruineux) de l'industrie financière. Il est question, sans surprise, d'immaturité des logiciels, de manque d'expertise interne, de limitations dans la capacité à absorber la charge (devenant critique avec la croissance des transactions), ainsi que de réticences de certains régulateurs.

MonetaGo – Deduplicating Trade Finance

Le plus savoureux dans le revirement de MonetaGo est son admission explicite que la blockchain n'apporte aucune valeur ajoutée à son modèle de fonctionnement, expliquant même que l'adoption de méthodes traditionnelles est beaucoup plus simple et aussi efficace. Elle essaie bien de justifier sa prise de conscience tardive par le temps qu'il aurait fallu à ses clients institutionnels pour accepter l'infonuagique sur laquelle elle déploie désormais sa plate-forme, mais l'argument paraît pour le moins fallacieux.

La réalité que « découvre » la startup aurait dû être une évidence depuis longtemps. Car les principaux obstacles dans les types d'applications considérées (traçabilité comprise) sont, d'une part, l'instauration d'une coopération entre les acteurs impliqués, et d'autre part, la définition d'un système d'échange de données sans compromis sur leur confidentialité. La blockchain n'offre aucun avantage pour aucun de ces deux aspects… et il en est de même pour la (quasi ?) totalité des implémentations actuelles.

samedi 4 juin 2022

Les errements de la bataille climatique

New York State Senate
La consommation énergétique et, par voie de conséquence, l'impact environnemental du minage de cryptomonnaies inquiètent de plus en plus, à juste titre. Hélas, la manière dont une instance gouvernementale telle que le sénat de l'état de New York s'empare du sujet montre combien les réactions peuvent être ambiguës et incohérentes.

Attardons-nous donc sur ce texte voté il y a quelques jours, qui prétend réguler des excès fréquemment dénoncés. Sur la base d'une description précise du fonctionnement de la validation des transactions sur une blockchain par preuve de travail et d'un argumentaire incontestable, il envisage un contrôle extrêmement strict – entre évaluation de l'empreinte carbone et interdiction pure et simple – sur les entreprises de minage exploitant des centrales de production d'électricité à partir d'énergies fossiles.

À l'origine de la réflexion, puis de la décision, les responsables politiques dressent un constat inquiétant : les activités autour des réseaux supportant le fonctionnement des cryptomonnaies sont devenues tellement lucratives que certains acteurs importants n'hésitent plus, afin de satisfaire leurs besoins, à acquérir et relancer, parfois à des niveaux jamais atteints auparavant, des sites de génération électrique au fuel ou au charbon décommissionés, mettant en péril les objectifs climatiques des autorités.

Concrètement, un moratoire est immédiatement décrété sur les demandes d'autorisation concernant les installations mises en cause. En parallèle, une étude approfondie des conséquences environnementales de l'industrie du minage est commanditée auprès de l'administration ad hoc, qui sera soumise aux citoyens pour commentaires (y compris à travers des auditions publiques), avant l'élaboration d'un document d'analyse final qui servira de référence à la mise en place d'une réglementation définitive.

New York State Capitol

En apparence, les mesures proposées semblent parfaitement raisonnées : à l'heure de l'urgence climatique, il ne devrait plus être toléré que des usages non vitaux d'énergie contribuent aux excès d'émissions de CO2. À ce stade, il faudrait pourtant déjà s'interroger sur la légitimité de cibler uniquement la participation aux mécanismes des blockchains, quand une multitude d'autres domaines de consommation sont tout aussi futiles. Mais, surtout, l'approche retenue révèle une vision singulièrement étroite.

En effet, les sénateurs oublient totalement dans leur présentation la logique d'écosystème qui prévaut dans le secteur de l'électricité. Il est ainsi totalement absurde de condamner le recours à des formes polluantes de production et, a contrario, dans une autre partie de l'exposé, de promouvoir les sources vertes, alors que ce qui compte est évidemment l'équilibre global de la région. Dans tous les cas, ce qui va au minage de bitcoin et consorts, même propre, ne va pas vers d'autres emplois, ceux-ci finissant toujours par se reporter sur des énergies carbonées, et le bilan s'aggrave inexorablement.

Il est impossible de déterminer si l'angle mort de la loi promulguée est dû à l'incompétence ou à une volonté délibérée (et cynique), cette dernière étant alors sous-tendue par le désir, explicitement formulé, de continuer à profiter des retombées économiques de l'implantation des fermes de cryptomonnaies sur le territoire de l'état de New York (qui tient probablement d'une illusion court-termiste, en pratique). Quoiqu'il en soit, le résultat est le même : l'impression d'une vaste manœuvre de greenwashing.